Par sa taille, sa visibilité, le nombre de pierres qu’il mobilise et les contraintes techniques qu’il impose, le collier demeure l’épreuve reine de la haute joaillerie. En juillet 2026, il a plus que jamais permis aux maisons de démontrer leur virtuosité.
Par Sandrine Merle.
Plastrons et torques ont dominé la saison éclipsant au passage, par leur nombre et leur magnificence, sautoirs et colliers-cravates. Claire Choisne chez Boucheron est même allée jusqu’à dédier une collection entière au plastron, modèle archétypal de la haute joaillerie, avec cinq réalisés à partir d’un seul même dessin. Chacun n’était accompagné que d’une seule bague. « Traditionnellement, le collier constitue le point de départ d’une collection ; pilier de la parure, il est généralement assorti de plusieurs bagues, bracelets ou clips qui reprennent l’un des motifs, une pierre, une couleur », rappelle Gihane Zakhia, consultante joaillerie, qui a longtemps travaillé aux côtés de Victoire de Castellane chez Dior.
Une position stratégique
Cet engouement s’explique d’abord par la position stratégique du collier. Impossible de le manquer : porté en haut du corps, près du visage, il se place naturellement dans l’axe du regard. Et même s’il ne comporte qu’une seule pierre centrale, celle-ci devient immédiatement visible ; elle éclaire le visage, attire l’œil et donne à la silhouette son point focal. Le collier est aussi le bijou le plus photogénique ; il s’impose sans effort dans une image ou sur tapis rouge. Il structure le cou, la clavicule, parfois tout le haut du buste. Quel que soit le cadrage, il occupe le centre de l’image, là où une bague et un bracelet disparaissent facilement ou obligent à prendre une pose. Autour du cou, il est aussi moins exposé aux chocs et aux frottements, ce qui autorise l’utilisation de matières particulièrement fragiles : émail, laque, émeraude ou encore cristal de roche.
Un espace narratif
Le collier n’est pas seulement le bijou qu’on voit le mieux : c’est aussi celui qui offre la surface la plus vaste pour composer avec les pierres précieuses. Certains modèles de la maison Hermès atteignent une telle ampleur qu’ils se situent à la frontière du bijou et du vêtement. Les maisons utilisent cette surface pour déployer des dégradés de pierres de couleur, des compositions de diamants de tailles et de poids différents, ou des appairages exceptionnels, comme les cinq émeraudes de Zambie réunies par Anna Hu. Elles rajoutent des pampilles. Le collier permet aussi de travailler le motif avec un effet 3D impossible ailleurs. Chez Damiani, la vague inspirée d’Hokusai en donne un exemple spectaculaire : le mouvement, le volume et la profondeur y restituent, en pierres, la puissance de l’eau.
Un défi technique à relever
S’il est trop lourd, trop raide ou trop démonstratif, le collier de haute joaillerie perd alors immédiatement en force. Pour éviter ces écueils, les ateliers consacrent des centaines, parfois plus de mille heures à résoudre des problèmes de structure, de poids, de stabilité et de confort. Il faut stabiliser une pierre centrale de très grand poids, comme dans le cas de Soleil d’Or de Fred, où une gemme de 100 carats devient le cœur d’un immense plastron rayonnant. Il faut aussi faire circuler la lumière, organiser les pleins et les vides, dissimuler la structure métallique, assurer la souplesse par des emmaillements ou des articulations quasi invisibles. Le bijou doit accompagner le mouvement du corps, ne pas tirer sur la nuque, ne pas basculer, ne pas se figer en plaque rigide. Chez Boucheron, cette exigence a notamment conduit les ateliers à évider un à un les éléments en onyx afin de les alléger sans en affaiblir l’impact visuel.
La présence de si nombreux colliers durant cette Jewelry Week n’est pas due au hasard ; elle dit l’état d’un marché particulièrement porteur. « Chaque collier représente une prise de risque : il immobilise des pierres, de la trésorerie et un nombre considérable d’heures d’atelier. Encore faut-il avoir la clientèle capable de l’acquérir. Faute d’acheteur, un collier peut alors rester des mois, parfois des années dans un coffre, avant d’être un jour démonté », termine Gihane Zakhia. Il n’est pas seulement la pièce la plus spectaculaire d’une collection : il est celle par laquelle une maison montre ce qu’elle peut engager, techniquement, esthétiquement et financièrement.
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