J’ai rencontré Takashi Kojima à plusieurs reprises à Kyoto. Son atelier-boutique FACILE (signifiant « simple » en italien), ouvert en 2010, se situe dans le quartier de Gosho-minami, face aux grands arbres du parc du palais impérial. Ce quadragénaire a grandi au sein d’une famille d’artistes puis a suivi, à l’Université d’art et de design, des cours d’architecture le jour et de cours de gravure sur métal, le soir. Takashi Kojima me raconte qu’il s’est très tôt intéressé à l’histoire de la perle de culture étroitement liée à celle de son pays. En effet en 1919, Mikimoto réussi à mettre au point un procédé permettant de cultiver des perles parfaitement rondes. Pour sa marque Kohkoh, il s’est penché sur ce qui subsiste après la récolte de la perle : la coquille de l’huître mère destinée au rebut. Il en prolonge l’usage.
Un procédé breveté
Dans la coquille, Takashi Kojima introduit un profil antique sorte de néo camée qu’il a dessiné et fabriqué en impression numérique. Il replonge l’huître dans la mer où pendant six mois, les couches de nacre se déposent une à une formant une enveloppe extrêmement fine, de 0,2 à 0,3 millimètre. Comme une peau lumineuse, presque immatérielle, elle conserve l’empreinte exacte de la forme autour de laquelle elle s’est développée. Selon un procédé qu’il a breveté au Japon en 2022, le camée en résine peut être retiré laissant une enveloppe dont la précision des reliefs et la finesse des surfaces, impossibles à obtenir à la main, sont stupéfiantes. Pour la bague Light composée d’un quartz fumé et de nacre, il utilise le même procédé en introduisant dans l’huître un moulage en résine de la pierre qui va être progressivement d’une pellicule de nacre. Une fois la nacre formée et le noyau retiré, cette pellicule de nacre vient s’ajuster sur une partie de la pierre.
La beauté étrange d’une coquille d’huître
Takashi Kojima ne se contente pas d’utiliser la face réputée noble de la coquille, tapissée de nacre aux reflets irisés qui captent la lumière. Il s’attache aussi à la surface extérieure de la coquille façonnée par le temps passé en mer, rugueuse et marbrée de vert et de gris, de rose aussi. Concrétions, érosion, algues et organismes marins y composent des paysagesaccidentés qu’il découpe en motifs végétaux foisonnants inspirés par ceux de William Morris ou en formes géométriques. Montés en broche, ceux-ci révèlent le meilleur de la surface extérieure, de l’épaisseur et de la nacre intérieure. L’attention à la matière guide toute la fabrication : l’usinage, si précis soit-il, ne cherche pas à effacer les accidents naturels, mais compose avec eux jusqu’à faire émerger une forme que ni l’artiste ni la machine n’ont entièrement déterminée.
Une autre passion, les systèmes et les assemblages
Il serait incomplet de réduire le travail de Takashi Kojima à Kohkoh et à son travail autour de l’huître perlière. Il conçoit aussi des bijoux aux allures de vaisseaux spatiaux. D’une part, il assemble des pierres naturelles et synthétiques qui se touchent et se soutiennent mutuellement par un jeu de tension, sans recourir aux griffes traditionnelles. Les gemmes ne sont pas de simples éléments décoratifs, elles deviennent la structure du bijou : sans elles, tout s’écroule. D’autre part, Takashi Kojima utilise des châssis résiduels de maquettes en plastique, ces grappes que l’on jette une fois les pièces détachées. Là encore, ce qui encadrait l’objet et semblait destiné à disparaître devient l’objet lui-même. Cette métamorphose fait écho à l’imaginaire des robots transformables et des mangas qui ont nourri son enfance.
De la nacre au châssis en plastique, une même fascination traverse son œuvre : celle des systèmes, des assemblages et des métamorphoses.
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