Le martelage est le geste fondateur du travail de la jeune Manami Aoki benjamine de l’exposition « Japon, Murmures et Matières ». Dans sa série Hair of the Wood, après avoir fait tremper des morceaux d’hinoki dans l’eau, elle les martèle patiemment jusqu’à libérer les fibres comprimées. Sous les coups répétés du marteau, le bois se défait en fibres souples, puis prend l’apparence d’une chevelure.
Prédilection pour l’hinoki
« L’idée est née en 2017 alors que j’étais étudiante au Hiko Mizuno College of Jewelry durant un atelier consacré aux accidents, animé par l’artiste néerlandaise Beppe Kessler », m’explique Manami Aoki lors de notre première rencontre autour d’un café, dans un hôtel à Tokyo. Elle remarque que le bord de son marteau de bois s’effrite légèrement car les années d’usage ont assoupli ses fibres. Cette métamorphose fortuite lui révèle les possibilités plastiques du bois et la conduit à se tourner vers l’hinoki, un cyprès tendre au fil droit, formé de fibres longues et assez parallèles, sans nœuds ni changements de direction, qui devient dès lors son matériau de prédilection. Quand Manami Aoki le martèle, elles se séparent et se déploient de façon souple et régulière. Elle en ajuste sans cesse la forme. De plus l’hinoki possède un parfum persistant, légèrement citronné et boisé très recherché. Pour l’artiste, il est associé aux bains où elle se rendait enfant avec sa grand-mère.
Un dialogue silencieux
Manami Aoki démêle ensuite les fibres à l’aide d’une brosse artisanale garnie d’aiguilles puis elle les lisse et les « coiffe ». Ce peignage ne sert pas seulement à organiser la forme, il évoque une attention proche du soin apporté à la chevelure. En démêlant les fibres une à une, l’artiste établit avec le bois un dialogue silencieux et finit par ressentir une affection de plus en plus profonde pour le matériau : « mon état intérieur agité se traduit parfois dans le matériau, tandis qu’une approche calme permet à la fibre de s’ouvrir plus harmonieusement ». » À l’issue de ce processus lent, le bois compact devient une matière aérienne, tactile et mouvante. Il dévoile une fragilité et une présence insoupçonnables. Sans citer directement des traditions japonaises, Manami Aoki en fait résonner certaines car la chevelure occupe une place importante dans l’histoire visuelle japonaise. À l’époque de Heian, la longueur et l’éclat des cheveux noirs participaient à l’idéal de beauté féminine tout comme à l’époque d’Edo où ils étaient maintenus par des kanzashi, des peignes et des épingles raffinés.
À mesure qu’il se patine, l’hinoki rend visible l’œuvre du temps : comme l’être, il se transforme lentement et porte à sa surface la trace de ce qu’il a traversé.
Cliquer pour en savoir davantage sur mon exposition « Japon, Murmures et Matières » du 1er au 6 octobre 2026 chez Sotheby’s Paris, dans le cadre de Parcours Bijoux 2026, et sur le bijou au Japon.
Conférence le 1er octobre 2026 à 18:00 chez Sotheby’s Paris en présence de trois des artistes: Shinji Nakaba, Aya Iwata, Mariko Sumioka.





