Du 1er au 6 octobre, j’aurai le plaisir de présenter à Paris chez Sotheby’s mon exposition Japon, Murmures et Matières mettant en valeur le bijou contemporain japonais. Présentée chez Sotheby’s Paris, elle s’inscrit dans le cadre de Parcours Bijoux 2026, triennale dédiée au bijou contemporain.
Par Sandrine Merle.
Japon, Murmures et Matières est l’aboutissement naturel de mon travail sur le bijou ainsi que de mes nombreux voyages au Japon. Ces derniers m’ont permis d’aller à la rencontre de créateurs et d’artistes dans leur environnement personnel. Certaines rencontres ont eu lieu dans des ateliers situés à Tokyo ou parfois à plusieurs heures de train de là. Elles se sont construites au fil d’échanges patients, parfois ralentis par la barrière de la langue, mais toujours guidés par la même curiosité et la même passion. C’est ainsi qu’est née Japon, Murmures et Matières. Il ne s’agit pas ici de présenter un panorama exhaustif du bijou contemporain japonais, mais de réunir sept artistes dont les œuvres m’ont frappée par leur intensité silencieuse, leur rapport profond à la matière et leur capacité à déplacer notre regard sur ce qu’un bijou peut être. Ici, la valeur naît du geste, du temps, de la transformation de la matière et de la charge sensible qu’elle porte. Dans le secret de leurs ateliers, j’ai pu observer les gestes, interroger les savoir-faire et tenter de comprendre comment une culture façonne une manière de faire des bijoux.
Leurs bijoux ne cherchent jamais à éblouir. Les regarder avec les seuls codes de la joaillerie — éclat, préciosité, valeur marchande — serait passer à côté de leur véritable valeur. Voici en avant-première les 7 artistes présents dans Japon, Murmures et Matières.
Mariko Sumioka
Mariko Sumioka a passé une partie de son enfance au Brésil et aujourd’hui, puise principalement son inspiration dans l’architecture japonaise. Elle travaille principalement l’argent, l’émail sur cuivre, la nacre, le corail et l’or, choisis pour leurs qualités physiques, chromatiques et symboliques. Sa technique consiste à assembler des éléments pour créer des motifs rappelant les tuiles imbriquées que l’on retrouve sur les toits des temples traditionnels.
Aya Iwata
Aya Iwata travaille principalement l’argent, la pâte de verre et l’émail cloisonné qui en cuisant révèle une profondeur unique. Sa foi protestante nourrit une réflexion sur la mort, la vie éternelle et la consolation. A travers sa série emblématique de broches Kumo-no-ie (« maisons dans les nuages ») entamé à la mort de sa mère, elle explore les thèmes de la mémoire, du lien et du passage du temps à travers la matière et la forme. Son travail fait partie de la collection du Musée des Beaux-Arts de Limoges.
Shinji Nakaba
Finaliste du LOEWE FOUNDATION Craft Prize 2023, Shinji Nakaba a développé une approche sculpturale de la joaillerie. Il se distingue par une utilisation singulière des perles et par son engagement dans l’art de la glyptique. Aujourd’hui, il utilise des matériaux de récupération comme des sacs plastiques, enrichissant ainsi la complexité narrative et matérielle de ses pièces. Son travail figure notamment dans les collections du Museum of Fine de Boston et du musée des Beaux-Arts de Montréal.
Kimiaki Kageyama
Maître orfèvre et figure de proue de l’enseignement de la joaillerie au Japon, Kimiaki Kageyama, s’inspire des techniques issues de la fabrication des garnitures de sabres et des armures, notamment l’utilisation d’alliages et de la laque urushi, une résine extraite de l’arbre du même nom, utilisé pour décorer les armes des guerriers et des chasseurs. Son travail se distingue aussi par une attention particulière portée aux matériaux et à leur transformation.
Fumiki Taguchi
Fumiki Taguchi, formé auprès de Yasuki Hiramatsu, pionnier de la joaillerie contemporaine (1926-2012), mène des recherches approfondies sur l’argent. Il a développé une approche personnelle de la gravure japonaise traditionnelle sur métal, réalisée entièrement à la main au burin tagane. Ses superpositions de plaques d’argent extrêmement fines et découpées forment comme des lais de dentelles délicates superposées. Lui aussi a été finaliste du LOEWE FOUNDATION Craft Prize, en 2025.
Manami Aoki
Manami Aoki, la benjamine de cette exposition, est un talent prometteur. Lors d’un processus long et constant, elle établit un dialogue subtil avec le bois, en particulier le hinoki un cyprès japonais. Pour sa première série « Hair of the Wood », elle martèle chaque pièce jusqu’à ce que les fibres apparaissent, évoquant des cheveux ébouriffés au réveil. Elle les « peigne » et les coiffe ensuite pour leur donner leur forme définitive.
Takashi Kojima
Takashi Kojima explore plusieurs pistes de travail. J’ai choisi de présenter celui axé sur le potentiel des coquilles utilisées dans la perliculture avant qu’elles ne soient jetées. Il met notamment en valeur leurs surfaces extérieures rugueuses, patinées et érodées, souvent recouvertes d’algues ou d’autres organismes marins.
En savoir plus sur Japon, Murmures et Matières du 1er au 6 octobre 2026 chez Sotheby’s Paris
Conférence le 1er octobre 2026 à 18:00 chez Sotheby’s – Sur inscription, places limitées
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