« Japon, Murmures et Matières » est l’aboutissement naturel de mon travail sur le bijou ainsi que de mes nombreux voyages au Japon. Ces derniers m’ont permis d’aller à la rencontre de créateurs et d’artistes dans leur environnement personnel. Certaines rencontres ont eu lieu dans des ateliers situés à Tokyo ou parfois à plusieurs heures de train de là. Elles se sont construites au fil d’échanges patients, parfois ralentis par la barrière de la langue, mais toujours guidés par la même curiosité et la même passion. C’est ainsi qu’est née « Japon, Murmures et Matières ». Il ne s’agit pas ici de présenter un panorama exhaustif du bijou contemporain japonais, mais de réunir sept artistes dont les œuvres m’ont frappée par leur intensité silencieuse, leur rapport profond à la matière et leur capacité à déplacer notre regard sur ce qu’un bijou peut être. Ici, la valeur naît du geste, du temps, de la transformation de la matière et de la charge sensible qu’elle porte. Dans le secret de leurs ateliers, j’ai pu observer les gestes, interroger les savoir-faire et tenter de comprendre comment une culture façonne une manière de faire des bijoux.
Leurs bijoux ne cherchent jamais à éblouir. Les regarder avec les seuls codes de la joaillerie — éclat, préciosité, valeur marchande — serait passer à côté de leur véritable valeur. Voici en avant-première les 7 artistes présents dans « Japon, Murmures et Matières ».
Mariko Sumioka
Mariko Sumioka a passé une partie de son enfance au Brésil et aujourd’hui, puise principalement son inspiration dans l’architecture japonaise. Elle travaille principalement l’argent, l’émail sur cuivre, la nacre, le corail et l’or, choisis pour leurs qualités physiques, chromatiques et symboliques. Sa technique consiste à assembler des éléments pour créer des motifs rappelant les tuiles imbriquées que l’on retrouve sur les toits des temples traditionnels.
Aya Iwata
Comment un objet peut-il contenir une présence et donner au souvenir une forme capable de prolonger le lien ? Aya Iwata nourrie par sa foi protestante, répond à ces questions avec ses broches Kumonoie en argent et en émail cloisonné qui en cuisant révèle une profondeur unique. Elle explore les thèmes de la mémoire, du lien et du passage du temps à travers la matière et la forme. Son travail fait partie de la collection du Musée des Beaux-Arts de Limoges.
Shinji Nakaba
Finaliste du LOEWE FOUNDATION Craft Prize 2023, Shinji Nakaba a développé une approche sculpturale de la joaillerie. Il se distingue par une utilisation singulière des perles et par son engagement dans l’art de la glyptique. Aujourd’hui, Shinji Nakaba détourne cette technique pour sublimer la trivialité des plastiques ménagers destinés au rebut. Ceux-ci acquièrent une beauté inattendue, évoquant un marbre antique.utilise des matériaux de récupération comme des sacs plastiques, enrichissant ainsi la complexité narrative et matérielle de ses pièces. Son travail figure notamment dans les collections du Museum of Fine de Boston et du musée des Beaux-Arts de Montréal.
Kimiaki Kageyama
Figure de proue de l’enseignement de la joaillerie au Japon, Kimiaki Kageyama se définit comme un expérimentateur. Son travail se distingue par une attention particulière portée aux matières et à leur transformation. La laque urushi libérée de son support (le bois), dense et brillante d’un noir profond mais assourdi et patiné par le temps, lui sert à évoquer celle de la nuit observée depuis sa maison. Virtuose du métal, il s’inspire aussi des techniques issues de la fabrication des garnitures de sabres et des armures, notamment l’utilisation d’alliages et de la laque urushi, une résine extraite de l’arbre du même nom, utilisé pour décorer les armes des guerriers et des chasseurs.
Fumiki Taguchi
Fumiki Taguchi, formé auprès de Yasuki Hiramatsu, pionnier de la joaillerie contemporaine (1926-2012), mène des recherches approfondies sur l’argent. Il a développé une approche personnelle de la gravure japonaise traditionnelle sur métal, réalisée entièrement à la main au burin tagane. Ses superpositions de plaques d’argent extrêmement fines et découpées forment comme des lais de dentelles délicates superposées. Lui aussi a été finaliste du LOEWE FOUNDATION Craft Prize, en 2025.
Manami Aoki
Manami Aoki, la benjamine de cette exposition, est un talent prometteur. Lors d’un processus long et constant, elle établit un dialogue subtil avec le bois, en particulier le hinoki un cyprès japonais. Pour sa première série « Hair of the Wood », elle martèle chaque pièce jusqu’à ce que les fibres apparaissent, évoquant des cheveux ébouriffés au réveil. Elle les « peigne » et les coiffe ensuite pour leur donner leur forme définitive.
Takashi Kojima
Le Japon a joué un rôle décisif dans la mise au point de la culture de la perle. Takashi Kojima s’inscrit dans cette histoire tout en renversant la hiérarchie : la coquille, longtemps considérée comme une enveloppe sans valeur, devient à son tour précieuse. Il met notamment en valeur la surface extérieure rugueuse, patinée et érodée, souvent recouvertes d’algues ou d’autres organismes marins.
Cliquer pour en savoir davantage sur mon exposition « Japon, Murmures et Matières » du 1er au 6 octobre 2026 chez Sotheby’s Paris dans le cadre de Parcours Bijoux 2026, et sur le bijou au Japon.
Conférence le 1er octobre 2026 à 18:00 chez Sotheby’s Paris en présence de trois des artistes: Aya Iwata, Mariko Sumioka, Shinji Nakaba.





