Style

Le poli miroir est-il la finition idéale ?

Pendant longtemps on n’a porté qu’une attention modérée au polissage de l’or ou de l’argent, dernière étape de la réalisation d’un bijou. Dorénavant on exige une perfection absolue.

Cette finition du métal précieux, lisse et brillante, considérée comme l’expression ultime de luxe et de qualité est aujourd’hui la plus utilisée en joaillerie. Ultra séduisante, le poli miroir n’a pourtant pas que des qualités.

Par Sandrine Merle.

 

 

Pendant longtemps on n’a porté qu’une attention modérée au polissage de l’or ou de l’argent, dernière étape de la réalisation d’un bijou. Il devait briller mais sans plus et on le jugeait à l’œil nu ce qui explique les défauts subsistant parfois sur les bijoux anciens. Nombre d’entre eux portent encore les stigmates, rayures et coups, donnés par les outils du joaillier et du sertisseur. « Dorénavant les maisons exigent une perfection absolue. L’or et l’argent ne doivent plus simplement être brillants mais exceptionnellement brillants jusqu’à se transformer en miroir. Elles traquent le moindre nano défaut à la binoculaire c’est-à-dire grossi 20 ou 30 fois, constate un chef d’atelier. On peut s’interroger sur l’exigence d’une telle perfection puisque personne ne le verra ainsi … »

 

Éloge de la perfection

Cette finition réfléchissante concerne la majorité des bijoux, des pièces tout or accessibles vendues à des milliers d’exemplaires (comme Alhambra, Love, Quatre, etc.) aux pièces très empierrées de haute joaillerie. Elle amplifie le sentiment de valeur perçue auprès des clients car visuellement, la lumière non absorbée provoque un effet flash sur l’éclat des pierres facettées. Tout se reflète faisant apparaître une troisième dimension où se démultiplient les feux du diamant de Nikos Koulis, calé au fond d’une coque emboutie parfaitement lustrée. « L’effet est particulièrement spectaculaire avec les formes rondes qui semblent se refléter sur une étendue d’eau », explique Marc Deloche. Les bijoux full métal s’animent selon l’environnement, ils deviennent le support d’infinis jeux d’ombres et de lumière, à des kaléidoscopes fascinants.

 

Poli miroir, un complément indispensable

Le poli miroir peut être utilisé plus parcimonieusement comme contrepoint lumineux. Chez Piaget, il rythme l’alternance de pierres dures et de diamants, d’or Palace (ciselé), d’or perlé, etc. La créatrice française Marie Lichtenberg l’emploie, elle, pour renforcer et acérer les contours, les tranches, les angles des Lockets ou des Scapulaires : « ces touches d’or poli miroir s’apparentent au trait de vernis blanc appliqué à l’extrémité de l’ongle en french manucure ». L’italien Buccellati connu pour ses sublimes textures évoquant des étoffes, l’utilise en « doublure », à l’intérieur des bagues et des bracelets en or mimant des étoffes. Même ainsi, il s’agit de véritables prouesses techniques.

 

Polisseur, un métier à part entière

Après avoir été ignorés pendant des décennies, les polisseurs sont ainsi loués et admirés. On découvre leur travail long et méthodique consistant à enlever du métal pour supprimer les défauts comme le peintre avant d’enduire son mur. Ils passent et repassent des brossettes aux grains de plus en plus fins, dans un sens puis dans l’autre avec fermeté mais légèreté en veillant à toujours rester en mouvement pour ne pas créer de creux ou arrondir les angles. On est fasciné par leur dextérité à faire passer le bijou d’un état mat et terne à brillant tout en veillant à respecter le volume initial de la pièce, à ne pas oublier une seule griffe et à se glisser dans le moindre interstice. Cette finition étant très fragile (le moindre grain de poussière provoque une rayure), on comprend aussi mieux pourquoi ils obligent à porter des gants pour manipuler les pièces.

 

Mais gare à cette perfection absolue qui, contrairement au martelé, au brossé ou au sablé, flirte avec l’esthétique actuelle filtrée et fabriquée par l’intelligence artificielle, qui ne tolère aucun défaut.

 

Image en bannière : collier Marc Deloche

 

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Par Sandrine Merle.

 

 

Pendant longtemps on n’a porté qu’une attention modérée au polissage de l’or ou de l’argent, dernière étape de la réalisation d’un bijou. Il devait briller mais sans plus et on le jugeait à l’œil nu ce qui explique les défauts subsistant parfois sur les bijoux anciens. Nombre d’entre eux portent encore les stigmates, rayures et coups, donnés par les outils du joaillier et du sertisseur. « Dorénavant les maisons exigent une perfection absolue. L’or et l’argent ne doivent plus simplement être brillants mais exceptionnellement brillants jusqu’à se transformer en miroir. Elles traquent le moindre nano défaut à la binoculaire c’est-à-dire grossi 20 ou 30 fois, constate un chef d’atelier. On peut s’interroger sur l’exigence d’une telle perfection puisque personne ne le verra ainsi … »

 

Éloge de la perfection

Cette finition réfléchissante concerne la majorité des bijoux, des pièces tout or accessibles vendues à des milliers d’exemplaires (comme Alhambra, Love, Quatre, etc.) aux pièces très empierrées de haute joaillerie. Elle amplifie le sentiment de valeur perçue auprès des clients car visuellement, la lumière non absorbée provoque un effet flash sur l’éclat des pierres facettées. Tout se reflète faisant apparaître une troisième dimension où se démultiplient les feux du diamant de Nikos Koulis, calé au fond d’une coque emboutie parfaitement lustrée. « L’effet est particulièrement spectaculaire avec les formes rondes qui semblent se refléter sur une étendue d’eau », explique Marc Deloche. Les bijoux full métal s’animent selon l’environnement, ils deviennent le support d’infinis jeux d’ombres et de lumière, à des kaléidoscopes fascinants.

 

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Le poli miroir peut être utilisé plus parcimonieusement comme contrepoint lumineux. Chez Piaget, il rythme l’alternance de pierres dures et de diamants, d’or Palace (ciselé), d’or perlé, etc. La créatrice française Marie Lichtenberg l’emploie, elle, pour renforcer et acérer les contours, les tranches, les angles des Lockets ou des Scapulaires : « ces touches d’or poli miroir s’apparentent au trait de vernis blanc appliqué à l’extrémité de l’ongle en french manucure ». L’italien Buccellati connu pour ses sublimes textures évoquant des étoffes, l’utilise en « doublure », à l’intérieur des bagues et des bracelets en or mimant des étoffes. Même ainsi, il s’agit de véritables prouesses techniques.

 

Polisseur, un métier à part entière

Après avoir été ignorés pendant des décennies, les polisseurs sont ainsi loués et admirés. On découvre leur travail long et méthodique consistant à enlever du métal pour supprimer les défauts comme le peintre avant d’enduire son mur. Ils passent et repassent des brossettes aux grains de plus en plus fins, dans un sens puis dans l’autre avec fermeté mais légèreté en veillant à toujours rester en mouvement pour ne pas créer de creux ou arrondir les angles. On est fasciné par leur dextérité à faire passer le bijou d’un état mat et terne à brillant tout en veillant à respecter le volume initial de la pièce, à ne pas oublier une seule griffe et à se glisser dans le moindre interstice. Cette finition étant très fragile (le moindre grain de poussière provoque une rayure), on comprend aussi mieux pourquoi ils obligent à porter des gants pour manipuler les pièces.

 

Mais gare à cette perfection absolue qui, contrairement au martelé, au brossé ou au sablé, flirte avec l’esthétique actuelle filtrée et fabriquée par l’intelligence artificielle, qui ne tolère aucun défaut.

 

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