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24 janvier 2022

«Cartier et les Arts de l’Islam», petit guide de l’expo pour les Nuls

On a tendance à ne regarder que les bijoux. Les objets exposés sont aussi des merveilles, des portes ouvertes sur l’espace et le temps. Ne vous laissez donc pas impressionner par des noms complexes (souvent liés à l’empire Perse) figurant sur les cartels érudits. Décryptages.

Par Sandrine Merle.

 

 

1/ Timouride / Safavide

Nombre d’objets de la collection de Louis Cartier appartiennent à ces deux dynasties ayant régné sur la Perse (on peut aussi employer le terme Iran). Voici donc deux repères chronologiques importants : la dynastie Timouride (à peine 100 ans) commence en 1405 avec le célèbre guerrier Tamerlan et se termine en 1507 avec le sultan Hossein Bayqara (cf paragraphe 3) ; celle des Safavides, un peu plus longue, va de 1507 jusqu’à 1736 et atteint son apogée avec Shah (le roi) Abbas (cf paragraphe 4).

 

2/ Le Diwan d’Hafez

Quand on sait que diwan signifie manuscrit, tout s’éclaire ! Et sachez que Hafez est, lui, l’un des grands poètes iraniens. Il témoigne de l’importance des arts du livre et surtout de cette peinture miniature persane colorée, sans ombre. La reliure en laque est ornée de courtisans, reconnaissables au bâton rouge de leur turban, en train de se rafraîchir tandis que des anges ailés portent des plateaux. Sur une des miniatures, un couple d’amants est assis dans un jardin, à l’ombre d’un dais aux arabesques exubérantes. Au premier plan, des musiciens et des danseurs au bord d’un ruisseau bordé de fleurs. Ce diwan aurait appartenu à un prince du XVIe siècle, donc timouride.

 

3/ Tabriz et Hérat

Ce sont deux écoles de peinture qu’on retrouve tout au long de l’exposition, Tabriz étant la plus ancienne. La miniature a occupé en Perse une place importante dans la culture, c’est un art unique liée à la mythologie et à la poésie. « Khosrow tue un lion à mains nues », « Iskandar quitte le pays de l’eau de vie », « Incident dans une mosquée »… On peut rester des heures devant chacune d’entre elles car c’est à chaque fois une histoire avec ses petites silhouettes semblant flotter dans l’espace, ses couleurs vives, ses éclats d’or et d’argent, l’absence d’ombres… Les détails d’une infinie précision sont fascinants : le motif du caftan, l’éclat de la perle, les pétales d’une fleur en train d’éclore…

 

4/ Shah Abbas, roi de Perse

Ce contemporain de Louis XIII a transformé Ispahan en « Versailles persan », il y a construit mosquée, palais et y favorise le développement des arts : céramique, tapis, gravure… C’est à lui qu’a appartenu une pièce importante de l’exposition : le plus petit des plumiers en ivoire de morse, source d’inspiration pour Cartier. Plumier qui a été sculpté dans un atelier du Deccan c’est-à-dire l’Inde moghole (musulmane) alors sous domination de l’empereur Jahanjir. La rivalité entre ces despotes n’empêchait pas d’intenses échanges.

 

6 raisons d’aller voir « Cartier et les Arts de l’Islam »

 

5/ Le khamsa de Nezami

Un très grand classique de la littérature persane, un recueil (khamsa signifie cinq poèmes) écrit par un immense poète connu pour ses épopées et qu’on compare parfois à Shakespeare. Ce khamsa est un trésor de l’art du livre : il provient de la bibliothèque d’un sultan du XVe siècle, le plus jeune fils de Tamerlan. Louis Cartier a prêté cet objet pour l’exposition au Musée des Arts décoratifs en 1903.

 

6/ Le serti kundan

Ce terme désigne une technique de sertissage des pierres précieuses typique de l’Inde moghole. Dans l’exposition, il est associé à un aspersoir (récipient pour asperger le parfum) et un bouton en jade. Le principe : au lieu d’utiliser de traditionnelles griffes pour maintenir la pierre, cette dernière est placée dans une cavité légèrement plus grande. Pour la maintenir en place, on comble ensuite l’espace avec de l’or pur (très malléable) à l’aide d’un stylet. Cette technique n’existe nulle part ailleurs mais elle s’apparente à l’une des nôtres nommée serti clos.

 

7/ Le durbar de 1911

Ce durbar (mot anglais) de 1911 fut un rassemblement organisé à Dehli pour célébrer l’avènement de Georges V comme empereur des Indes. Rappelons que la colonisation de ce pays date du milieu du XVIIIe siècle. Sur les photos de Jacques Cartier (le benjamin de la famille), on voit la foule immense, des processions en grande pompe, des saluts aux canons, etc. Georges V et la reine Mary, sont installés sur des trônes d’argent incrustés d’or sous un gigantesque et flamboyant dais. Ils portent des robes bordées d’hermine et leurs couronnes. Celle de Georges V était sertie de 1600 pierres, celle de la Reine de 2 200 diamants.

 

Et maintenant, bonne visite !

 

« Cartier et les arts de l’Islam – Aux sources de la modernité. » au Musée des Arts décoratifs, Paris  jusqu’au 20 février 2022

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