L’or vient de franchir la barre des 3 300 dollars. De quoi inquiéter le monde de la joaillerie et particulièrement les créateurs indépendants.
Par Sandrine Merle.
Les chiffres liés à l’évolution du cours de l’or donnent des sueurs froides aux professionnels du bijou. Entre 2004 et 2024, le cours de l’or a connu une hausse de plus de 500 %. À la mi-avril 2025, le cours de l’or bat son record historique en dollar : le prix de l’once passe à 3 300 et quelques jours plus tard, il s’approche même des 3 500. Pas un expert pour envisager une baisse du cours pour les mois à venir, le contexte reste favorable. Ce métal est un refuge historique qui reflète l’incertitude et les doutes en l’avenir qui ne font que croître. Il dépend également de la demande et des politiques des banques centrales en matière de réserves d’or.
Quels sont les grands perdants ?
« Au premier trimestre 2025, la demande mondiale en or joaillier a atteint 434 tonnes, contre 538 tonnes au premier trimestre 2024, soit une baisse de 19%* », annonce Patrick Schein négociant et affineur de métaux précieux. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire dans un tel contexte, les bijoux les plus chers en or massif ne sont pas les plus impactés par cette baisse ; ce sont ceux d’entrée de gamme à 1 500/2 000 euros. En effet il devient extrêmement difficile de faire autre chose qu’un anneau en or basique car la main d’œuvre connaît, elle aussi, une forte augmentation. Double guillotine : les créateurs indépendants n’ont ni les réserves nécessaires pour se constituer un stock de métal précieux, ni la production suffisante pour réaliser des économies d’échelle dans les ateliers. Chers clients, voilà pourquoi le prix de l’alliance en or basique d’un créateur indépendant peut parfois être égal à celui vu chez joailliers de la place Vendôme ou même le dépasser.
Pourquoi pas l’or 14 carats ?
Pour l’instant, les prix de la céramique, de l’acier ou encore du titane (qui a l’avantage d’avoir un cours très stable) restent très compétitifs. Les horlogers, eux, l’ont compris depuis bien longtemps. Patrick Schein encourage aussi les indépendants à se tourner vers des alliages à plus faible teneur en or comparé à celui traditionnellement utilisé en France. Au lieu de privilégier l’or 18 carats constitué de 75% d’or pur, 12,5% d’argent et 12,5% de cuivre, les créateurs pourraient réorienter leur production vers du 14 carats constitué lui de « seulement » 58,5 % d’or pur. Mais la tradition du 18 carats, fixée par une loi vieille de 200 ans, a la vie dure et ce malgré l’assouplissement de la législation en 1994.
Quelles autres stratégies adopter ?
D’autres stratégies existent. La plus logique consiste à diminuer la teneur en métal précieux en jouant avec les vides, en sculptant des fils dans l’espace, en rognant ici et là. Mais on retombe vite sur la problématique du coût élevé de la main d’œuvre. Hanna Darmon de Mansano spécialisée dans les bijoux très fins ne peut pas les alléger davantage… « Pour adoucir le budget, j’encourage donc mes clients à apporter des bijoux qu’ils ne portent plus : je dessertis alors les pierres et refond l’or pour réaliser une toute nouvelle création. » Une stratégie opposée, à priori contre-intuitive, voit aussi le jour : jouer l’or massif, augmenter le volume et le poids, allonger les chaînes, surdimensionner les bagues, … Comme Marie Lichtenberg, Amélie Huynh chez Statement ou encore Camille Parruitte McKenna chez Nouvel Héritage. Cette montée en gamme s’avère possible car leur clientèle considère les bijoux comme un investissement et un placement semblable à celui d’un bien immobilier. Stratégie que tous ne peuvent pas se permettre.
*source World Gold Council
Articles relatifs à ce sujet :
Patrick Schein, Fairmined l’or équitable
5 choses à savoir sur l’impact de l’extraction de l’or
TFJP x Comité Colbert, l’or passe à table !





