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L’or des Français : un trésor dormant, vraiment ?

L’attachement des Français pour l’or est bien connu. On sait moins que l’essentiel de celui qu’ils détiennent, dort dans des coffres sous forme de bijoux. Et ils semblent très frileux à s’en séparer comme le révèle la dernière étude commandée par Francéclat. Explications sur ce marché immobile que la filière bijouterie aimerait remettre en mouvement…

L’attachement des Français pour l’or est bien connu. On sait moins que l’essentiel de celui qu’ils détiennent, dort dans des coffres sous forme de bijoux. Et ils semblent très frileux à s’en séparer comme le révèle la dernière étude commandée par Francéclat. Explications sur ce marché immobile que la filière bijouterie aimerait remettre en mouvement…

Par Sandrine Merle.

 

 

L’étude menée par Francéclat est née d’une interrogation simple. Depuis début 2023, le cours de l’or a connu une hausse spectaculaire, passant d’environ 1 800–1 900 dollars l’once à plus de 4 000 dollars en 2026 enchaînant des records historiques [1]. Dans un tel contexte, fondeurs, affineurs et professionnels de la filière auraient pu s’attendre à une vague massive de revente. Or elle n’a pas eu lieu. « Les fondeurs et raffineurs se sont étonnés que les flux de revente ne suivent pas dans les mêmes proportions. Le recyclage mondial n’a progressé que de 3 % en 2025 », explique Hervé Buffet délégué général de Francéclat. Alors que l’or pourrait rapporter un pactole à ses propriétaires, pourquoi ne revient-il pas massivement dans le circuit ? La première idée qui vient à l’esprit est que les Français gardent leur or secrètement et à l’abri des regards du fisc. Une autre explication tient « à la grande vague de revente autour de 2009-2012, au moment de la première forte hausse de l’or après la crise financière », rappelle Patrick Schein, PDG de Gold by Gold, affineur-négociant en métaux précieux et cofondateur de l’Alliance for Responsible Mining. L’étude menée par Francéclat montre que d’autres facteurs sont à l’œuvre.

 

Un trésor joaillier

L’étude estime le stock d’or détenu en France à 4000 tonnes, environ deux fois les réserves officielles de la Banque de France, qui s’élèvent elles à 2 437 tonnes. Plus étonnant encore : 81% de cet or en nombre de pièces serait détenu sous forme de bijoux [2]. L’étude révèle aussi que 69 % de cet or détenu, soit 2 787 tonnes, serait conservé sans usage actif. Il dort, il ne circule pas, ne se transforme pas, ne revient pas dans la filière. Faut-il s’inquiéter de cette thésaurisation ? Du point de vue des économistes libéraux, toute thésaurisation est une hérésie car les valeurs doivent circulent pour créer de la croissance. Et officiellement pour la filière bijouterie-joaillerie, ces 4 000 tonnes représentent un gisement considérable à portée de main et mobilisable à une époque où la question de l’approvisionnement responsable devient centrale. Car l’or possède une qualité rare : il peut être fondu, refondu, affiné et réutilisé à l’infini sans perdre ses propriétés. Il ne disparaît jamais ; il change simplement de forme. Ce qui fait dire à Hervé Buffet avec beaucoup d’humour : « il y a peut-être dans votre alliance de l’or qui a appartenu à Vercingétorix. Et demain, il pourra encore entrer dans la composition d’un nouveau bijou. »

 

Fondre, vendre, transformer ou réparer ?

Reste à comprendre pourquoi les Français se séparent si difficilement de leur or. L’étude montre que l’affectif joue un rôle central : près d’une personne sur deux le conserve parce qu’il relève de l’intime ; il s’agit souvent d’une alliance, d’une médaille de baptême, d’une bague associée à une grand-mère disparue. Ces objets ne se résument donc pas à leur poids en métal. Mais l’attachement n’explique pas tout. Pour Hervé Buffet, l’un des enseignements les plus frappants de cette étude réside dans la méfiance des particuliers : 40% expliquent leur frilosité à revendre leur or par crainte d’être lésés. « Pourtant, la filière bijouterie dispose de circuits organisés, avec de nombreux bijoutiers-horlogers-joailliers pratiquant le rachat de bijoux. Ces derniers ont donc un énorme travail pédagogique à faire pour recréer la confiance. » C’est là que se trouve l’enjeu. Ils doivent permettre aux Français de comprendre ce qu’ils possèdent : ce qui mérite d’être conservé, réparé, transformé, transmis ou vendu. Tous les bijoux oubliés ne sont pas des trésors sentimentaux. C’est probablement là que se trouve la marge d’action, dans cette zone floue des bijoux oubliés, cassés, dépareillés.

 

Distinguer l’intouchable du réutilisable

Pour les professionnels de la filière et les pouvoirs publics, ce stock représente une ressource considérable. Mais faut-il vraiment pousser les Français à vendre massivement ? L’argent reçu pourrait certes financer des dépenses immédiates — voyage, travaux, vêtements, etc. — mais les Français s’appauvrirait encore davantage. « Une fois cédé, l’or quitte généralement le patrimoine français car l’Inde et la Chine rachètent tout le métal jaune de la planète », précise Patrick Schein. L’or sortirait alors de cette richesse accumulée en France par plusieurs générations et ne servirait plus de valeur refuge, facile à conserver, à transmettre, parfois à emporter. C’est précisément ce qui explique la résistance des particuliers. L’étude mentionne d’ailleurs la valeur d’héritage comme frein à la vente. La voie la plus juste consisterait à distinguer l’intouchable du réutilisable. Une alliance, une médaille de baptême ou une bague de grand-mère ne se traitent pas comme une chaîne cassée, une boucle dépareillée ou un quelconque bijou oublié.

C’est là que se trouve peut-être la marge d’action : non pas pousser les Français à se défaire de leur patrimoine, mais les aider à comprendre ce qu’ils possèdent, à choisir ce qu’ils gardent, ce qu’ils transmettent, ce qu’ils réparent, ce qu’ils transforment ou ce qu’ils remettent en circulation.

 

[1] depuis le pic de fin janvier 2026, le cours de l’or a baissé d’un peu plus de 20%

[2] en poids, 60% est de l’or d’investissement c’est-à-dire des lingots, des Napoléon, etc.

 

Pour en savoir plus sur l’or :

5 choses à savoir sur l’impact de l’extraction de l’or

Les conséquences de la flambée du cours de l’or

Yann Bouillonnec, l’or recyclé de Gold Service

L’attachement des Français pour l’or est bien connu. On sait moins que l’essentiel de celui qu’ils détiennent, dort dans des coffres sous forme de bijoux. Et ils semblent très frileux à s’en séparer comme le révèle la dernière étude commandée par Francéclat. Explications sur ce marché immobile que la filière bijouterie aimerait remettre en mouvement…

Par Sandrine Merle.

 

 

L’étude menée par Francéclat est née d’une interrogation simple. Depuis début 2023, le cours de l’or a connu une hausse spectaculaire, passant d’environ 1 800–1 900 dollars l’once à plus de 4 000 dollars en 2026 enchaînant des records historiques [1]. Dans un tel contexte, fondeurs, affineurs et professionnels de la filière auraient pu s’attendre à une vague massive de revente. Or elle n’a pas eu lieu. « Les fondeurs et raffineurs se sont étonnés que les flux de revente ne suivent pas dans les mêmes proportions. Le recyclage mondial n’a progressé que de 3 % en 2025 », explique Hervé Buffet délégué général de Francéclat. Alors que l’or pourrait rapporter un pactole à ses propriétaires, pourquoi ne revient-il pas massivement dans le circuit ? La première idée qui vient à l’esprit est que les Français gardent leur or secrètement et à l’abri des regards du fisc. Une autre explication tient « à la grande vague de revente autour de 2009-2012, au moment de la première forte hausse de l’or après la crise financière », rappelle Patrick Schein, PDG de Gold by Gold, affineur-négociant en métaux précieux et cofondateur de l’Alliance for Responsible Mining. L’étude menée par Francéclat montre que d’autres facteurs sont à l’œuvre.

 

Un trésor joaillier

L’étude estime le stock d’or détenu en France à 4000 tonnes, environ deux fois les réserves officielles de la Banque de France, qui s’élèvent elles à 2 437 tonnes. Plus étonnant encore : 81% de cet or en nombre de pièces serait détenu sous forme de bijoux [2]. L’étude révèle aussi que 69 % de cet or détenu, soit 2 787 tonnes, serait conservé sans usage actif. Il dort, il ne circule pas, ne se transforme pas, ne revient pas dans la filière. Faut-il s’inquiéter de cette thésaurisation ? Du point de vue des économistes libéraux, toute thésaurisation est une hérésie car les valeurs doivent circulent pour créer de la croissance. Et officiellement pour la filière bijouterie-joaillerie, ces 4 000 tonnes représentent un gisement considérable à portée de main et mobilisable à une époque où la question de l’approvisionnement responsable devient centrale. Car l’or possède une qualité rare : il peut être fondu, refondu, affiné et réutilisé à l’infini sans perdre ses propriétés. Il ne disparaît jamais ; il change simplement de forme. Ce qui fait dire à Hervé Buffet avec beaucoup d’humour : « il y a peut-être dans votre alliance de l’or qui a appartenu à Vercingétorix. Et demain, il pourra encore entrer dans la composition d’un nouveau bijou. »

 

Fondre, vendre, transformer ou réparer ?

Reste à comprendre pourquoi les Français se séparent si difficilement de leur or. L’étude montre que l’affectif joue un rôle central : près d’une personne sur deux le conserve parce qu’il relève de l’intime ; il s’agit souvent d’une alliance, d’une médaille de baptême, d’une bague associée à une grand-mère disparue. Ces objets ne se résument donc pas à leur poids en métal. Mais l’attachement n’explique pas tout. Pour Hervé Buffet, l’un des enseignements les plus frappants de cette étude réside dans la méfiance des particuliers : 40% expliquent leur frilosité à revendre leur or par crainte d’être lésés. « Pourtant, la filière bijouterie dispose de circuits organisés, avec de nombreux bijoutiers-horlogers-joailliers pratiquant le rachat de bijoux. Ces derniers ont donc un énorme travail pédagogique à faire pour recréer la confiance. » C’est là que se trouve l’enjeu. Ils doivent permettre aux Français de comprendre ce qu’ils possèdent : ce qui mérite d’être conservé, réparé, transformé, transmis ou vendu. Tous les bijoux oubliés ne sont pas des trésors sentimentaux. C’est probablement là que se trouve la marge d’action, dans cette zone floue des bijoux oubliés, cassés, dépareillés.

 

Distinguer l’intouchable du réutilisable

Pour les professionnels de la filière et les pouvoirs publics, ce stock représente une ressource considérable. Mais faut-il vraiment pousser les Français à vendre massivement ? L’argent reçu pourrait certes financer des dépenses immédiates — voyage, travaux, vêtements, etc. — mais les Français s’appauvrirait encore davantage. « Une fois cédé, l’or quitte généralement le patrimoine français car l’Inde et la Chine rachètent tout le métal jaune de la planète », précise Patrick Schein. L’or sortirait alors de cette richesse accumulée en France par plusieurs générations et ne servirait plus de valeur refuge, facile à conserver, à transmettre, parfois à emporter. C’est précisément ce qui explique la résistance des particuliers. L’étude mentionne d’ailleurs la valeur d’héritage comme frein à la vente. La voie la plus juste consisterait à distinguer l’intouchable du réutilisable. Une alliance, une médaille de baptême ou une bague de grand-mère ne se traitent pas comme une chaîne cassée, une boucle dépareillée ou un quelconque bijou oublié.

C’est là que se trouve peut-être la marge d’action : non pas pousser les Français à se défaire de leur patrimoine, mais les aider à comprendre ce qu’ils possèdent, à choisir ce qu’ils gardent, ce qu’ils transmettent, ce qu’ils réparent, ce qu’ils transforment ou ce qu’ils remettent en circulation.

 

[1] depuis le pic de fin janvier 2026, le cours de l’or a baissé d’un peu plus de 20%

[2] en poids, 60% est de l’or d’investissement c’est-à-dire des lingots, des Napoléon, etc.

 

Pour en savoir plus sur l’or :

5 choses à savoir sur l’impact de l’extraction de l’or

Les conséquences de la flambée du cours de l’or

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