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07 septembre 2022

TFJP x Comité Colbert, savoir-faire et métiers de l’or en joaillerie

L’or dans la joaillerie est une évidence. Mais connaissez-vous les innombrables métiers, savoir-faire et techniques liés à ce métal précieux ? TFJP avec le Comité Colbert vous en présente quelques-uns dont certains en voie de disparition…

Par Sandrine Merle.

 

 

Jaune, vert, rouge, rose… : d’où vient la couleur de l’or ?

Si votre bijou en métal blanc date du début du XXe siècle, il s’agit d’argent ou de platine ; avant, l’or blanc n’existait pas. Sa mise au point, grâce à un alliage de 75% d’or pur, de cuivre, de zinc et de nickel ne date que de la fin des années 20. Selon qu’il est mélangé avec plus ou moins de nickel, de platine, de cuivre, de zinc ou encore de palladium, l’or pur devient rouge, violet, bleu et même vert comme celui utilisé par Mellerio pour réaliser des feuilles.

 

Comment obtient-on un poli miroir ?

À la sortie d’atelier, on ne tolère aucune aspérité, rayure ou trace de soudure : on doit pouvoir se mirer dans le bijou ! « Un poli raté peut dévaster une pièce, estime le joaillier Lorenz Bäumer. Cela nécessite une patience et une méticulosité folles, il ne faut rien négliger même ce qui ne se voit pas… » Aller dans les moindres recoins, garder les angles vifs ou encore magnifier la rondeur parfaite des perles : pour cela, le polisseur dispose d’une batterie d’outils comme la toile émeri, le papier de verre, la brosse en coton, des fils ronds enduits d’une pâte abrasive ou même du Scotch-Brite !

 

Avez-vous entendu parler du guillochage ?

Quand l’or n’est pas poli, il peut être texturisé : martelé, sablé, brossé ou encore guilloché. Grâce à un burin ou une échoppe, l’artisan enlève de la matière, il grave finement le métal en réalisant des guillochures c’est-à-dire un ensemble de lignes, de courbes qui s’entrelacent ou se croisent avec symétrie. La maison Breguet en a fait sa signature, elle l’utilise depuis 1786 car au-delà de l’aspect esthétique, cette technique a un aspect fonctionnel : elle est anti-reflet et anti-rayures, elle délimite aussi les zones de lecture sur un cadran. Sur la Classique Chronométrie 7727, on peut en compter jusqu’à 6 différents.

 

Pourquoi cette broche Van Cleef & Arpels en dentelle d’or est-elle rare ?

Cette sublime broche nœud des années 50 est une merveille, un objet comme on n’en fait plus … ou très rarement. Les entrelacs sont réalisés à la main grâce au reperçage avec un bocfil, une scie aussi fine qu’un fil et tendue comme un arc. Le métal est d’abord percé sur un repère à l’intérieur de la zone à découper pour pouvoir passer la scie et commencer le mouvement de haut en bas. Autrefois, ce métier en voie de disparition (comme le polissage) était essentiellement féminin.

 

Et les chaînes sont-elles toujours faites à la main ?

Dans les années 70, la France était une championne dans ce registre avec un chaîniste d’excellence : Georges Lenfant. Traditionnellement, le fil d’or était enroulé sur un mandrin (pièce de métal cylindrique) pour réaliser des maillons rigoureusement identiques en forme de V, de grain, ovales et aplatis, assemblés un par un ou deux à deux… Assemblés, ils formaient alors une chaîne sans commencement ni fin, glissant entre les doigts. Depuis l’industrialisation opérée par les Italiens dans les années 70, ce métier a, lui, complètement disparu.

 

Combien référence-t-on de types de serti ?

En réalité, il y a mille façons (ou presque) de rabattre l’or pour retenir les pierres précieuses. Parmi les plus classiques figurent le serti à griffes, le serti clos, le serti à grain, le serti neige, etc. Parmi les moins connus figure par exemple le « serti dressé ». Et c’est infini puisque même cette partie du bijou peut être personnalisée : Cartier cisèle ainsi les nano fils de métal rabattus pour mimer le pelage de son animal fétiche la panthère.

Le retour du « serti dressé »

 

Quels sont les bons combos ?

L’art d’associer les techniques n’a pas de limite. Parmi les combos classiques : poli miroir + satiné. Le plus ancien perpétué aujourd’hui par le Grec Zolotas : filigrane + granulation, réalisé avec des fils d’or lisses, torsades, texturés, fixés sur le métal puis associés avec de minuscules grains d’or. « Le filigrane est l’une des rares techniques que l’on ne peut pas réaliser à la machine », note Olivier Baroin expert du bijou. Tout est permis… Chez Boucheron, les quatre couleurs d’or se déclinent en poli vif, en godronné ou en pointes de diamants aplaties. Sur la bague de Cartier, l’or martelé est séparé du godronné par du tressé.

 

Derrière des termes très techniques se cachent des savoir-faire merveilleux, souvent réservés à la haute joaillerie et parfois complètement oubliés. Il est donc aujourd’hui urgent de les préserver en continuant à les enseigner, à les transmettre et à les faire vivre dans des créations contemporaines.

 

*Le Comité Colbert est une association loi 1901 qui réunit plus de 100 membres représentant le luxe français. Sa mission est de « promouvoir passionnément, transmettre patiemment, développer durablement les savoir-faire et la création française pour insuffler du rêve ».

 

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