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Entretien avec Katherine Purcell pour l’exposition « From function to fantasy, the brooch » chez Wartski

À l’occasion de ses 160 ans, la galerie londonienne Wartski spécialisée dans la vente de bijoux anciens inaugurera une exposition consacrée à la broche. Entretien avec sa co-directrice, Katherine Purcell.

À l’occasion de ses 160 ans, la galerie londonienne Wartski, spécialisée dans la vente de bijoux anciens, inaugurera une exposition consacrée à la broche. Entretien avec sa directrice générale adjointe, Katherine Purcell.

 

 

Sandrine Merle. Pourquoi dédier une exposition entière à la broche ?

Katherine Purcell. Trop souvent mésestimée, la broche est le bijou qui en dit pourtant le plus sur son porteur qui peut l’accrocher, contrairement à un bracelet ou un collier, où bon lui semble : sur l’épaule, sur une manche, dans le dos, à la ceinture ou encore en série autour du cou. Dans les mémoires d’Alice Toklas*, le passage relatant sa rencontre à Paris, avec Gertrude Stein sa compagne m’a beaucoup inspirée. Elle écrit : « C’est Gertrude Stein qui retenait toute mon attention, comme elle l’avait fait pendant toutes les années où je l’ai connue jusqu’à sa mort, et pendant toutes ces années vides qui ont suivi. […] Elle portait une grande broche ronde en corail et quand elle parlait, très peu, ou riait, beaucoup, j’avais l’impression que sa voix venait de cette broche ». C’est d’ailleurs celle que l’on peut voir sur le portrait de Stein peint par Picasso conservé au MET.

 

Sandrine Merle. Vous couvrez 3 000 ans de l’âge de bronze (avec une splendide fibule de 1200 avant J.-C.) à aujourd’hui. Pouvez-vous nous en dire plus sur le déroulé ?

Katherine Purcell. Entre ces deux périodes, on passe par le Moyen-Âge, la Renaissance, la période néo grecque, le XIXe caractérisé par des innovations techniques majeures ou encore le Japonisme où figurent deux pièces exceptionnelles de Henri Vever. La célèbre broche chrysanthème en perles du Mississipi côtoie la grande traîne de corsage figurant une branche de cerisier probablement présentée à l’Exposition Universelle de 1889 ; une merveille dont les fleurs sont montées en tremblant. Y figurent également des broches en émail cloisonné de Falize ainsi que la fameuse broche-boucle de ceinture de Chaumet, représentant Raijin le dieu de la pluie et du tonnerre. Tout au long, apparaissent les noms de grands bijoutiers connus comme Mellerio, Tiffany&Co., etc. mais également ceux moins connus de la créatrice japonaise Kaya Saito ou de Maison 203.

 

Sandrine Merle. Quelles sont les broches que vous êtes particulièrement fière de présenter ?

Katherine Purcell. Il s’agit de deux pièces d’une poésie extraordinaire caractérisées par une innovation technique ayant fait l’objet d’un brevet, l’une en 1854 et l’autre en 1878. La première sur la broche Mellerio consiste à sertir des pierres précieuses sur une tige flexible qui semble ainsi trembler doucement. La seconde est relative au travail, sur une broche ruban d’Oscar Massin, de dentelle en or et diamants. C’est la seule pièce de ce type de Massin qui, à ma connaissance, lui ait survécu. Les deux illustrent parfaitement l’excellence française au XIXe siècle.

 

Sandrine Merle. Prenons la section « Pioneer Women », quel type de bijoux avez-vous sélectionné ?

Katherine Purcell. D’abord des broches décernées par la Women’s Social and Political Union aux suffragettes ayant été incarcérées à la prison de Holloway en raison de leurs engagements. Celle portée par Christabel Pankhurst (fille de la fondatrice du mouvement) côtoie une ré-interprétation en or et diamants ayant appartenu à Betty Boothroyd première femme élue présidente de la chambre basse du Parlement britannique, en 1992. Les fans de James Bond apprécieront la broche « M » portée par Dame Judi Dench, directrice du Secret Intelligence Service, succédant aux précédents interprètes, tous masculins. J’aurais aimé montrer la grosse araignée arborée par Lady Hale première femme présidente de la Cour suprême du Royaume-Uni lors de sa déclaration jugeant illégale la décision de Borris Johnson de suspendre le parlement ; elle a préféré me confier sa première araignée offerte par son mari.

 

Sandrine Merle. Certaines pièces n’étaient pas prévues au programme !

Katherine Purcell. On m’a, en effet, spontanément proposé deux magnifiques et rarissimes broches-cigales romaines en or et argent datant du IVe siècle avant J.-C. ainsi qu’une main de Jean Schlumberger sur laquelle se déploient des branches entrelacées évoquant des veines. Je ne soupçonnais même pas l’existence de cette dernière ! Son propriétaire ayant le dessin d’origine, ils seront exposés ensemble pour la première fois.

 

Sandrine Merle. Vous n’en êtes pas à votre première exposition chez Wartski et vous avez aussi écrit nombre de livres.

Katherine Purcell. En 1999, ma première exposition était Falize: A Dynasty of Jewelers, sujet alors inexploré. Avec 180 pièces dont des dessins prêtés par la famille, elle reste la seule qu’il n’y ait jamais eu sur ce joaillier français. À l’occasion de la traduction de l’ouvrage de Vever, j’ai conçu Cent ans de bijouterie française avec 314 bijoux suivie en 2006 de Fabergé et les bijoutiers russes. La dernière Japonisme from Falize to Fabergé, the Goldsmith and Japan remonte, elle, à 2011. J’ai apporté à Wartski une expertise en bijouterie française, de son côté mon collègue Thomas Holman a apporté celle sur les gemmes gravées avec en 2019 l’exposition Multum in Parvo: A Collection of Engraved Gems. Chez Wartski, cette tradition scientifique remonte à Kenneth Snowman (petit-fils du fondateur) auteur en 1953 du premier livre sur Fabergé dont la préface a été écrite par Eugène le fils de Carl Fabergé. En 1977, à une époque où cela ne se faisait pas, le V&A Museum a sollicité Kenneth Snowman pour la première exposition dédiée à Fabergé ; plus tard il s’est adressé à mon collègue Geoffrey C. Munn (aujourd’hui à la retraite) pour Tiaras: Past and Present puis plus récemment à mon collègue Kieran Mccarthy pour Fabergé in London: Romance to Revolution.

 

Sandrine Merle. Cette approche scientifique permet à Wartski d’être la seule galerie commerciale à obtenir des prêts exceptionnels du Schmuck Museum, du Fitzwilliam Museum, du British Museum ou encore du Victoria & Albert Museum.

Katherine Purcell. Dans cette exposition de nombreux bijoux proviennent en effet de musées ; j’en suis extrêmement flattée. Nous entretenons de très bonnes relations de longue date avec eux, ils font aussi confiance à la galerie Wartski en lui achetant des pièces pour enrichir leurs collections. Cela dit, nous remplissons aussi deux conditions : ne rien proposer à la vente dans nos expositions et avoir des vitrines répondant à leurs normes de sécurité.

 

Sandrine Merle. Ce souci de sécurité vous a conduit à interdire les photos dans cette exposition.

Katherine Purcell. Il s’agit de prendre toutes les précautions avec ces bijoux d’une très grande valeur mais pas seulement : nous souhaitons, dans notre espace restreint, garantir la meilleure expérience possible aux visiteurs.

 

Image en bannière : Oscar Massin – Broche en or et argent en forme de ruban ajouré serti de diamants © Private Collection, Courtesy of Albion Art Jewellery Institute

 

* What is Remembered: an autobiography par Alice B. Toklas aux éditions Michael Joseph (1963)

 

« From function to fantasy, the brooch », du 1er au 12 octobre 2025 – Galerie Wartski (entrée gratuite), Londres

 

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À l’occasion de ses 160 ans, la galerie londonienne Wartski, spécialisée dans la vente de bijoux anciens, inaugurera une exposition consacrée à la broche. Entretien avec sa directrice générale adjointe, Katherine Purcell.

 

 

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Sandrine Merle. Vous couvrez 3 000 ans de l’âge de bronze (avec une splendide fibule de 1200 avant J.-C.) à aujourd’hui. Pouvez-vous nous en dire plus sur le déroulé ?

Katherine Purcell. Entre ces deux périodes, on passe par le Moyen-Âge, la Renaissance, la période néo grecque, le XIXe caractérisé par des innovations techniques majeures ou encore le Japonisme où figurent deux pièces exceptionnelles de Henri Vever. La célèbre broche chrysanthème en perles du Mississipi côtoie la grande traîne de corsage figurant une branche de cerisier probablement présentée à l’Exposition Universelle de 1889 ; une merveille dont les fleurs sont montées en tremblant. Y figurent également des broches en émail cloisonné de Falize ainsi que la fameuse broche-boucle de ceinture de Chaumet, représentant Raijin le dieu de la pluie et du tonnerre. Tout au long, apparaissent les noms de grands bijoutiers connus comme Mellerio, Tiffany&Co., etc. mais également ceux moins connus de la créatrice japonaise Kaya Saito ou de Maison 203.

 

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Katherine Purcell. Il s’agit de deux pièces d’une poésie extraordinaire caractérisées par une innovation technique ayant fait l’objet d’un brevet, l’une en 1854 et l’autre en 1878. La première sur la broche Mellerio consiste à sertir des pierres précieuses sur une tige flexible qui semble ainsi trembler doucement. La seconde est relative au travail, sur une broche ruban d’Oscar Massin, de dentelle en or et diamants. C’est la seule pièce de ce type de Massin qui, à ma connaissance, lui ait survécu. Les deux illustrent parfaitement l’excellence française au XIXe siècle.

 

Sandrine Merle. Prenons la section « Pioneer Women », quel type de bijoux avez-vous sélectionné ?

Katherine Purcell. D’abord des broches décernées par la Women’s Social and Political Union aux suffragettes ayant été incarcérées à la prison de Holloway en raison de leurs engagements. Celle portée par Christabel Pankhurst (fille de la fondatrice du mouvement) côtoie une ré-interprétation en or et diamants ayant appartenu à Betty Boothroyd première femme élue présidente de la chambre basse du Parlement britannique, en 1992. Les fans de James Bond apprécieront la broche « M » portée par Dame Judi Dench, directrice du Secret Intelligence Service, succédant aux précédents interprètes, tous masculins. J’aurais aimé montrer la grosse araignée arborée par Lady Hale première femme présidente de la Cour suprême du Royaume-Uni lors de sa déclaration jugeant illégale la décision de Borris Johnson de suspendre le parlement ; elle a préféré me confier sa première araignée offerte par son mari.

 

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Katherine Purcell. On m’a, en effet, spontanément proposé deux magnifiques et rarissimes broches-cigales romaines en or et argent datant du IVe siècle avant J.-C. ainsi qu’une main de Jean Schlumberger sur laquelle se déploient des branches entrelacées évoquant des veines. Je ne soupçonnais même pas l’existence de cette dernière ! Son propriétaire ayant le dessin d’origine, ils seront exposés ensemble pour la première fois.

 

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Katherine Purcell. En 1999, ma première exposition était Falize: A Dynasty of Jewelers, sujet alors inexploré. Avec 180 pièces dont des dessins prêtés par la famille, elle reste la seule qu’il n’y ait jamais eu sur ce joaillier français. À l’occasion de la traduction de l’ouvrage de Vever, j’ai conçu Cent ans de bijouterie française avec 314 bijoux suivie en 2006 de Fabergé et les bijoutiers russes. La dernière Japonisme from Falize to Fabergé, the Goldsmith and Japan remonte, elle, à 2011. J’ai apporté à Wartski une expertise en bijouterie française, de son côté mon collègue Thomas Holman a apporté celle sur les gemmes gravées avec en 2019 l’exposition Multum in Parvo: A Collection of Engraved Gems. Chez Wartski, cette tradition scientifique remonte à Kenneth Snowman (petit-fils du fondateur) auteur en 1953 du premier livre sur Fabergé dont la préface a été écrite par Eugène le fils de Carl Fabergé. En 1977, à une époque où cela ne se faisait pas, le V&A Museum a sollicité Kenneth Snowman pour la première exposition dédiée à Fabergé ; plus tard il s’est adressé à mon collègue Geoffrey C. Munn (aujourd’hui à la retraite) pour Tiaras: Past and Present puis plus récemment à mon collègue Kieran Mccarthy pour Fabergé in London: Romance to Revolution.

 

Sandrine Merle. Cette approche scientifique permet à Wartski d’être la seule galerie commerciale à obtenir des prêts exceptionnels du Schmuck Museum, du Fitzwilliam Museum, du British Museum ou encore du Victoria & Albert Museum.

Katherine Purcell. Dans cette exposition de nombreux bijoux proviennent en effet de musées ; j’en suis extrêmement flattée. Nous entretenons de très bonnes relations de longue date avec eux, ils font aussi confiance à la galerie Wartski en lui achetant des pièces pour enrichir leurs collections. Cela dit, nous remplissons aussi deux conditions : ne rien proposer à la vente dans nos expositions et avoir des vitrines répondant à leurs normes de sécurité.

 

Sandrine Merle. Ce souci de sécurité vous a conduit à interdire les photos dans cette exposition.

Katherine Purcell. Il s’agit de prendre toutes les précautions avec ces bijoux d’une très grande valeur mais pas seulement : nous souhaitons, dans notre espace restreint, garantir la meilleure expérience possible aux visiteurs.

 

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