En 2013, Marion Delarue, artiste en bijou contemporain, a eu un coup de foudre pour le diancui technique extraordinaire de marqueterie de plumes de martin-pêcheur utilisée pour une épingle à cheveux chinoise du XIXe siècle. Elle est fascinée par ces plumes aux reflets bleu-vert irisés qui forment des motifs floraux et végétaux d’un raffinement extrême. Pour percer les mystères de cet art de les découper et de les coller, elle part en résidence l’année suivante à l’Inside-Out Art Museum à Pékin. « Mais rien ne s’est passé comme prévu : Guangchun Xiao l’un des rares maîtres en diancui, a finalement choisi de ne pas me divulguer son savoir pour le réserver à sa fille. Lui-même l’avait acquis auprès de son père », explique Marion Delarue.
Une jeunesse en résidence
Pour cette artiste formée à l’École supérieure des arts décoratifs du Rhin section Bijou Contemporain, c’est le point de départ d’une longue série de résidences en Asie où elle s’initie à des techniques traditionnelles très différentes. L’une des plus marquantes a lieu en Corée du Sud où elle est happée par l’attention portée à la chevelure et plus précisément par le Cracheh (2011), coiffe traditionnelle portée par les femmes mariées, faite d’une énorme masse de cheveux tressés torsadés en un gigantesque chignon. Elle le ré-interprète en un collier-minerve réalisé grâce à une technique de laquage centenaire : une chambre à air est laquée, couche après couche, jour après jour. Au Japon, à la Villa Kujoyama (Kyoto) en 2019, elle élabore une réflexion sur les accessoires capillaires japonais : kushis, kogais et kanzashis. Dans sa série Tennennomono, elle les façonne dans des matériaux traditionnels (bois, corne, sabot de cheval et pierres dures) dont elle exploite les motifs naturels et les nuances chromatiques insolites donnant ainsi l’illusion d’un décor travaillé. 2025 marque le retour à la source avec une résidence au musée des Arts décoratifs, là où, un peu plus de dix ans auparavant, elle a eu le coup de foudre pour le diancui.
Un retour à la source d’inspiration
« J’ai mis Marion Delarue en relation avec les conservateurs, restaurateurs, scientifiques des différents départements pour qu’elle puisse explorer l’ensemble de nos collections », explique Mathieu Rousset-Perrier commissaire et conservateur du patrimoine en charge des collections Moyen Âge – Renaissance, Bijoux. Elle y découvre les merveilles dont certaines sont exposées ici en parallèle des quatre coiffes crées pendant sa résidence. « Les collections de mode m’ont particulièrement influencée », explique l’artiste. S’il a été impossible d’exposer les somptueux manteaux en plumes dans cette belle galerie, en revanche on peut admirer un sublime manchon aux reflets irisés, des chapeaux étranges dont un modèle de Caroline Reboux (vers 1940) en plumes de grèbe ou encore des escarpins de Christian Dior par Roger Vivier (1954) en plumes de martin-pêcheur. Marion Delarue a aussi eu la possibilité d’approfondir ses recherches sur le diancui sur la fameuse épingle à cheveux chinoise et d’une coiffe de mariée foisonnante elle aussi chinoise. Elle a percé les mystères de ces deux objets pour le plus grand bonheur du musée : il s’avère que l’épingle présente des morceaux complets de plumes sur argent tandis que la coiffe est décorée par application, une à une, des barbes de la plume d’aile de martin-pêcheur. Elle a finalement mené des recherches sur le « cuir plumé », le cuir moulé à base de cuir végétal, le cuir marouflé, la teinture des plumes pour reproduire l’aspect moiré de celles du martin-pêcheur, etc.
Quatre coiffes, fruit de la résidence au musée des Arts décoratifs
Les quatre coiffes hypertrophiées en plumes et en nacre nées de cette résidence sont au coeur de l’exposition. Étranges, sublimes et presque dérangeantes… L’une évoquant la tête d’une carpe chinoise, puise dans la légende chinoise du Kunpeng, ce poisson qui se transforme en oiseau. L’autre reprend les volumes et les pompons des coiffes des Dao Madan portées dans l’Opéra de Pékin. Les dégradés et les reflets bleus nourrissent une chevelure de plumes monumentale, dense et envahissante. L’artiste s’inspire aussi des cygnes dormant la tête enfouie dans leurs ailes. La quatrième est, elle, réalisée en nacre : faite de volumes sculpturaux, elle évoque à la fois une architecture capillaire, une coquille et une carapace. L’une d’entre elles est destinée à rejoindre les collections patrimoniales du musée des Arts décoratifs.
Image en bannière : Marion Delarue – Kai Mage, 2026 en imbrication de nacre, intérieur revêtu de laque. H. 16 cm ; l. 14 cm ; Pr. 7 cm Réalisée dans le cadre du programme post-résidence de la Villa Kujoyama, avec le soutien de l’Institut français du Japon et de la Fondation Bettencourt Schueller Collection Marion Delarue
« Marion Delarue. Pierre, Plume, Ciseaux ! » du 6 octobre 2026 au 10 janvier 2027 au musée des Arts décoratifs Cabinet des Dessins, Papiers peints et Photographies, niveau 5 – Tuileries
Pour en savoir plus sur le travail de Marion Delarue :
Marion Delarue, réflexion sur les kushi, kogai et kanzashi
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