Dans cette collection, le directeur artistique d’Acne Studios, Jonny Johansson, mélange le denim signature de la marque à des références au costume historique. Dans l’esprit des Nouveaux Romantiques londoniens, le jean vieilli, doublé de satin, imprimé de motifs floraux recontre des trenchs, des chemises en taffetas technique, des sous-vêtements d’époque en dentelle. Ce vestiaire théâtral est renforcé par des portraits miniatures qui semblent sortis d’un musée. Épinglés, seul ou en accumulation, au revers de la veste, accrochés aux oreilles ou posés sur les doigts, leur singularité tient surtout au cadrage : ils représentent souvent un œil ourlé de longs cils, des lèvres délicates surmontées d’une mouche, un lobe délicat décoré d’un nœud. Cette théâtralité rappelle l’univers du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola, où le costume historique dialogue avec une sensibilité contemporaine.
Miniatures sentimentales
Les bijoux d’Acne Studios renvoient à la miniature peinte à l’aquarelle sur vélin apparue dès les années 1520 à la cour de François Ier et dans l’Angleterre d’Henri VIII passionné de cet art. Sa petite taille se prêtant particulièrement au bijou, elle était enchâssée dans des bagues et des médaillons suspendus autour du cou ou à la ceinture grâce à de longues chaînes en or. Le cadre richement émaillé et orné de pierres précieuses renfermait le portrait d’un mari ou d’un amant mais perpétuait aussi le souvenir des défunts. Au XIXe siècle, les miniatures peintes ayant survécu aux vicissitudes de l’histoire, ont souvent rejoint les collections privées ou celles des musées, notamment celles du Victoria & Albert Museum (Londres) et du Metropolitan Museum of Art (New York).
Lover’s Eyes
Leur petit format mais également le découpage des visages en gros plans sur les bouches, les lobes, les yeux, invitent à s’approcher… Ces miniatures évoquent plus particulièrement les lover’s eyes (« yeux d’amoureux ») miniatures peintes à la mode à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, notamment en Grande-Bretagne. L’historienne de l’art Hanneke Grootenboer souligne leur particularité : « ils ne donnent pas seulement quelque chose à regarder, ils semblent regarder en retour. » La miniature entretient ainsi le sentiment de sa présence. Ils ont été largement popularisés par la relation entre le prince de Galles, futur George V, et Maria Ditzherbert, une veuve catholique : comme celui-ci ne pouvait légalement pas l’épouser, ils se marièrent pourtant en secret et échangèrent de minuscules portraits de leurs yeux, des bijoux symbolisant leur amour sans révéler leur identité.
Pour en savoir plus sur les miniatures peintes du XIXe siècle :
Elle Shushan (dir.), Lover’s Eyes: Eye Miniatures from the Skier Collection, contributions de Graham C. Boettcher, Stephen Lloyd et Elle Shushan, Giles 2021
Diana Scarisbrick, Portrait Jewels: Opulence and Intimacy from the Medici to the Romanovs, Thames & Hudson, 2011





