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28 novembre 2021

« Cartier et les Arts de l’Islam », la Belle Époque des collectionneurs

Au Musée des Arts décoratifs, l’exposition « Cartier et les Arts de l’Islam » rappelle que Paris, à la charnière du XIXe et du XXe siècle, était la plaque tournante du commerce des Arts de l’Islam. Louis Cartier faisait partie d’un petit cercle de collectionneurs passionnés…

Par Sandrine Merle.

 

 

« Cartier et les Arts de l’Islam » au Musée des Arts Décoratifs sonne comme une évidence. Le musée a été pionnier dans la connaissance et l’appréciation des arts de l’Islam. Neuf cent quatre-vingt-seize pièces de sa collection (ne provenant pas seulement du monde arabe mais aussi d’Espagne, d’Iran, d’Inde ou encore de Turquie) y sont entrées avant 1900. En 1903, son « exposition des arts musulmans » (dont le commissaire est le grand collectionneur Gaston Migeon) présente portes mamelouks, dinanderie ayyoubide, carreaux de faïence, kilims… C’est, aux dires des spécialistes, la première d’une véritable rigueur scientifique. Rigueur scientifique que l’on retrouve presque 120 ans plus tard dans l’extraordinaire travail réalisé par Evelyne Possémé et Judith Henon-Raynaud.

 

Paris, 1903

En pleine mode de l’Art nouveau inspiré par le japonisme, Paris a une autre passion : les arts de l’Islam. Tout au long du XIXe siècle, les expositions universelles ont attisé la curiosité avec quelques merveilles, une collection arabe remontant au VIIIe siècle en 1867, une collection mamelouke ou le pavillon iranien en 1878. En 1889, la reconstitution d’une rue du Caire sur le Champ de Mars séduit définitivement les esprits. Le contexte politique favorise aussi cette position hégémonique dans le commerce des arts de l’Islam : la France est en pleine expansion coloniale. Elle a déjà conquis l’Algérie (1830), elle place aussi la Tunisie (1881) et le Maroc (1911) sous protectorat. Elle a le monopole des fouilles archéologiques en Iran. Et son influence culturelle et linguistique rayonne dans deux grandes métropoles : Le Caire et Istanbul.

 

Sous la nef majestueuse du Musée des Arts Décoratifs

 

La Belle Époque du collectionnisme

L’extraordinaire essor économique provoqué par la révolution industrielle et le commerce favorise la fortune de certaines familles : ces nouveaux bourgeois constituent alors des collections qu’ils exposent dans leurs salons orientaux et qu’ils développent au point de transformer leurs demeures en véritables musées. Collectionner est alors une affaire de prestige social, une affirmation de son statut… ou une compensation ! C’est le cas pour les joailliers comme Louis Cartier et Henri Vever mais également pour les couturiers comme Jacques Doucet : ils sont encore considérés comme de simples fournisseurs de bijoux et de vêtements, des artisans avant tout au service de leur clientèle.

 

6 raisons d’aller voir « Cartier et les Arts de l’Islam »

 

Un microcosme de passionnés

« Louis Cartier fait partie du petit cercle de collectionneurs qui recoupe celui des passionnés d’art asiatiques », explique Violette Petit directrice des archives. Le plus emblématique de ces collectionneurs est Gaston Migeon, considéré comme le père de l’histoire des arts de l’Islam, auteur du premier ouvrage de référence Le Manuel d’art musulman et à l’initiative en 1905 de la première salle consacrée aux Arts de l’Islam, au Louvre. Il est proche de Raymond Koechlin (avec qui il baroude en Algérie) qui est un proche de Jules Maciet, lui-même proche de Georges Marteau. Et ce dernier a écrit le catalogue de l’exposition de 1912 consacrée aux arts musulmans (également au Musée des Arts décoratifs) avec Henri Vever… financé par Doucet. C’est un tout petit monde ! Par ses dons, la plupart contribue largement aux collections du Musée des Arts décoratifs.

 

Les grands marchands

Ainsi en 1910, on fait plus de découvertes à Paris qu’en Orient ! Le commerce s’est principalement structuré autour de grands marchands Arméniens arrivés à Paris suite aux évènements de l’empire ottoman. Cultivés, parlant plusieurs langues, familiers avec les savoir-faire liés à l’artisanat, ils sont des intermédiaires incontournables souvent situés à deux pas de chez Cartier. « Dans les livres de stocks de la maison, nous les retrouvons tous ou presque : Sarkissian, Malkonianz, Dikran Kelekian, Kevorkian, les frères Kalebdjian », note Violette Petit. Tous les précieux manuscrits perses pillés dans les bibliothèques en 1908, suite à la révolution constitutionnelle passent entre leurs mains. En Inde, Jacques Cartier (le frère de Louis) s’approvisionne grâce aux liens étroits établis avec les maharadjas et grâce au marchand d’origine hongroise Imre Schwaiger, dont Cartier partage les bureaux.

 

Avec délice et fascination, on découvre ce monde de collectionneurs en filigrane tout au long de l’exposition « Cartier et les Arts de l’Islam ».

 

« Cartier et les Arts de l’Islam – Aux sources de la modernité. » au Musée des Arts décoratifs, Paris  jusqu’au 20 février 2022

 

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