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26 mai 2024

René Boivin, le mystère du bracelet « Torque »

Quand un directeur artistique d’une grande maison de mode est venu lui demander un bracelet « Torque », Thomas Torroni-Levene a réalisé qu’il fallait sauvegarder le savoir-faire et la technique de fabrication tant qu’il en était encore temps. Afin de pouvoir, un jour, le refaire à l’identique.

Par Sandrine Merle.

 

 

Cette demande inattendue d’un bracelet « Torque » a déclenché un véritable travail d’investigation : Thomas Torroni-Levene le gardien du temple de la maison René Boivin, a voulu retracer son histoire. À savoir l’auteur, la date de création et surtout les techniques de fabrication permettant d’aboutir à cette silhouette puissante, à ce jonc ouvert formé par des fils d’argent torsadés, dont les deux extrémités sont terminées par une boule d’or.

 

Qui a créé le bracelet « Torque » ?

Reconnaissable au premier coup d’œil, le bracelet « Torque » garde une large part de mystère. Pour commencer, certains l’appellent « Torque », d’autres « Barbare » ou « Corde ». Les archives de la maison René Boivin (acquises en 2019) dépouillées, classées et analysées avec soin par Thomas Torroni-Levene n’ont pour l’instant pas livré d’information. Il a seulement trouvé le plâtre d’un bracelet assez similaire, datant des années 30. Mais ce bracelet semble un peu plus fin ; d’ailleurs, il ressemble étonnamment à une pièce de la fin du XIXe ou début du XXe siècle de la tribu Akha (du Laos ou de Birmanie), provenant de la collection du marchand Claude de Marteau. Tout cela pourrait laisser supposer que Suzanne Belperron en est l’auteur. N’oublions pas que dans sa jeunesse, elle a passé beaucoup de temps dans les collections ethnographiques du musée de Besançon. Mais rien ne permet d’en être sûr à 100%.

 

Comment dater un bracelet « Torque » ?

Des bracelets « Torque » sont sortis des ateliers René Boivin jusqu’aux début des années 2000. Quand le premier a-t-il été fabriqué ? On l’ignore. Qui l’a acheté ? Les archives n’ont pas encore dévoilé de nom mais grâce à une photo, on sait que Nadine de Rothschild en portait un dans les années 80. Il aurait aussi été décliné avec des boules en lapis-lazuli. Et comment faire pour dater un modèle précis qu’on aurait en main ? « Pour l’instant, il n’y a aucun moyen de déterminer la date de fabrication à partir de la technique de fabrication, explique Thomas Torroni-Levene. Tous ont été faits à la main, avec les mêmes outils et les mêmes techniques, sur mesure en fonction de l’anatomie et de la taille du poignet du commanditaire. Les seules indications parlantes, quand elles sont présentes, sont les poinçons de maître des ateliers. »

 

Comment était fabriqué un bracelet « Torque » ?

Thomas Torroni-Levene, très soucieux de préserver les savoir-faire inhérents aux bijoux de la maison René Boivin, a recherché le dernier chef d’atelier. Il est remonté jusqu’à celui qui a fabriqué les bracelets « Torque » dans les années 80 et l’a convaincu de se remettre à la cheville… Il était encore temps pour lui de transmettre ce savoir-faire à quelqu’un de plus jeune. Il a refait l’outillage nécessaire comme les mandrins, ces tiges en acier autour desquelles viennent s’enrouler 7 mètres de fil d’argent façonnés en 12 brins formés eux-mêmes par deux fils vrillés. Chaque pièce nécessite plus de 30 heures de travail. Mais chut… Thomas Torroni-Levene préserve jalousement les secrets de fabrication d’un des bijoux les plus emblématiques de la maison René Boivin. Le savoir-faire du bracelet « Torque » est sauvé, c’est l’essentiel.

 

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