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14 juillet 2017

Les bijoux d’avant-garde dans l’exposition « Medusa »

L’exposition laisse une large place à ce type de bijou qualifié également de « contemporain », encore très peu connu en France.

Le « bijou contemporain » fait référence à la sociologie ou à la psychanalyse. Il interroge la valeur ou le genre, deux des thèmes explorés par « Medusa ». Pièce unique, il est souvent réalisé avec des matériaux insolites. Il prend le contre-pied des conventions et brise le mythe du diamant et de l’or. Complexe et engagé, il emprunte parfois les codes de l’art contemporain et donne lieu à des publications. Il est vendu dans des galeries et comme sa portabilité n’est pas sa vocation première, il termine souvent dans l’un des plus prestigieux musées du monde comme le MUDAC à Lausanne, le Schmuck à Pforzheim, la fondation van den Bosch, etc. En voici quelques-uns à la frontière entre mode, design et art.

 

Transmuter les matériaux « banals »

– Pour son collier « Noce », Verena Sieber a utilisé du papier de boucher. Avec ce bijou a priori si ravissant et féminin, elle superpose la beauté évanescente d’une mariée et la brutalité de la mort animale.

– Les matériaux préférés de Bernhard Schobinger sont généralement destinés à la poubelle… Les goulots de bouteilles montés en collier alimentent la réflexion sur la société de consommation et les déchets qu’elle engendre. Nous voilà partagés entre désir de le porter et crainte d’une douleur provoquée par les arêtes tranchantes.

– Ceci n’est pas du carton ondulé et agrafé… Mais personne n’échappe à cette extraordinaire illusion qui dit l’obsession et la virtuosité du créateur suisse en matière de textures, de couleurs, de trompe-l’œil et de faux-semblants. D’un hyperréalisme hallucinant, le bracelet de David Bielander est en fait en or jaune et blanc.

 

Montrer l’absence

– Avec ses broches « Épitaphe », Laurence Verdier ressuscite les bijoux que les femmes ne portent plus, ceux qu’elles ont oubliés dans un tiroir… Elle les sertit dans le bois comme une pierre précieuse, avec des griffes : la petite boucle d’oreille dans le ventre d’une plus grande est ainsi accompagnée de ces mots énigmatiques, « Immaculée conception ».

Galatée Pestre explore ce même thème en sublimant les bijoux perdus dans la rue ou dans un train. Elle réalise une empreinte en silicone puis les « crayonne » en fil d’or pour faire apparaître leur fantôme. L’original rejoint, lui, sa collection très poétique.

 

Dénoncer les diktats de l’apparence

« Inner Beauty » est un bijou dématérialisé, une solution buvable présentée dans une bouteille accompagnée de sa petite cuillère. Ce mélange homéopathique d’or, d’argent et de cuivre imaginé par Frédéric Braham pointe du doigt les normes et les représentations sociales du corps dans une société gouvernée par l’apparence. Il investit également des objets significatifs comme cette broche réalisée à partir d’un vrai poudrier Yves Saint Laurent dont le maquillage forme un motif camouflage.

Performance de Frédéric Braham le 12 octobre 2017 au musée d’Art moderne.

 

Oser l’intime

« Getting old sucks » est formé par deux broches-valves noires à placer sur les seins. « Elles parlent de la décadence du corps féminin et des conséquences sur les rapports amoureux », explique le designer Benjamin Lignel qui les a mises en scène sur sa mère, pour une photo très controversée. Ces broches de seins ont peu de chances de descendre dans la rue, mais elles sont aujourd’hui érigées en œuvres d’art au musée.

 

Afficher le sexe

– Le collier en aluminium a été imaginé par Paul Derrez, propriétaire de la galerie Ra (Amsterdam), à l’occasion d’un défilé de mode masculine. « Contrairement à ce que je pensais, il a davantage plu aux femmes qu’à la communauté gay. Et c’est logique : pourquoi porter un phallus avec un piercing si vous en avez déjà un ? »

– La Suisse Sophie Hanagarth est considérée comme une référence dans le bijou d’avant-garde. Connue pour allier un travail très spécifique du métal avec sa réflexion sur la relation au corps, la sensualité et la sexualité. L’un de ses bijoux emblématiques, le collier « Bijoux de famille », est flexible, il épouse le corps et tombe à la hauteur de l’aine soulignant les parties invisibles que l’on cache : deux testicules réalisés en capsules de bouteilles de bière.

 


Image en une : Galatée Pestre, collection de bijoux trouvés © Matthieu Gauchet
Image en bannière : l’œuvre de Benjamin Lignel dans l’exposition « Medusa » © Pierre Antoine

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