Style

12 décembre 2022

Walid Akkad, l’abstraction rencontre la tradition

Avec ses 21 bagues en or rouge aux formes abstraites, le créateur franco-libanais Walid Akkad renouvelle l’exercice du bestiaire. Leur esthétique aux lignes parfaites ultra épurées, raconte un process de travail traditionnel en voie de disparition.

 

 

Sandrine Merle.  On a toujours du mal à croire que vos bijoux, tellement abstraits, sont inspirés par la faune et la flore. Cette fois-ci, on parvient à reconnaître un lapin, un papillon, un cerf, un élan ou encore une chouette !

Walid Akkad. Mon inspiration a en effet toujours été animale ou végétale mais je finissais toujours par des formes très éloignées, simplifiées et fluides. Pendant ces deux dernières années, je me suis beaucoup amusé à réaliser ces 21 animaux dont certains ne sont évoqués que par un seul attribut comme l’élan avec ses bois. L’oiseau, une fois porté, se résume au bec. Et je compte bien poursuivre ce travail avec le végétal.

 

S.-M. Cette collection, présentée en novembre dernier au salon Fines Arts à Paris, inaugure une collaboration avec la Carpenters Workshop Gallery.

Walid Akkad. Comme d’habitude avec ce type d’écriture, je me heurte à la définition du mot artiste… Mon travail est souvent trop joaillier pour les galeries et trop artiste pour les joaillers. C’est un peu comme la gauche et la droite en politique ! Cette fois-ci, il s’inscrit parfaitement dans le département bijoux ouvert récemment par la Carpenters Workshop Gallery. Vendues entre 11 et 15 000 euros, ces pièces correspondent parfaitement à leur clientèle d’art contemporain. Une autre partie de mon travail est, elle, proposé à la galerie Minimasterpiece comme la bague Vague en argent qui semble s’enrouler autour du doigt.

 

S.-M. Tantôt bijoux, tantôt sculptures posées sur leur petit socle, ces bagues disent la maîtrise de la matière. La CAO y est-elle pour quelque chose ?

Walid Akkad. Je l’utilise uniquement pour scanner la maquette en cire que je sculpte moi-même. À partir de cette matrice, se met en place une chaîne de savoir-faire traditionnels. Le fondeur réalise d’abord un moule d’un seul tenant dans lequel il coule le métal : je tiens à ce qu’il n’y ait aucune soudure, c’est fondamental pour pouvoir réaliser des finitions parfaites comme le poli miroir. Évidemment le travail et les coûts s’en trouvent augmentés… Interviennent ensuite le graveur et la polisseuse : cette dernière, sans une maîtrise totale, aurait pu complètement écraser le taureau par exemple, avec ces deux facettes opposées se rejoignant sur la fine ligne de crête. En revanche, c’est toujours moi qui réalise le brossage de l’or avec des outils spéciaux que j’ai « bricolés ».

 

S.-M. D’où te viennent cette rigueur et cet attachement aux savoir-faire ?

Walid Akkad. Le bijou rejoint l’architecture, mon autre passion : je le construis comme un bâtiment, étape par étape sur des fondations. Cela vient aussi de la Haute École de Joaillerie où l’on m’a appris une tradition à laquelle je reste fidèle. D’ailleurs je ne sais pas faire autrement ! Je pense encore souvent à mon professeur de dessin qui m’a convaincu de faire les maquettes pour qu’elles restent le plus proche possible de mes intentions. De cet enseignement, m’est aussi resté le côté massif des bagues qui ne font jamais moins de 1,6 mm alors que la tendance est plutôt à 0,8mm… Même un gros choc sur une table ne les déforme pas.

 

S.-M. Sur ces 21 pièces, il n’y a qu’une seule pierre : un diamant monté à l’envers, à peine visible.

Walid Akkad. Cet unique diamant sert à évoquer les piques du hérisson. Dans ce premier opus, il s’agissait de mettre en valeur le métal, en l’occurrence l’or rouge que je trouve plus doux, plus chaleureux. J’aime le métal tout autant que les pierres et je ne cherche donc jamais à le minimiser ou à le cacher. Ceci dit, je vais enrichir ce bestiaire avec des modèles plus joaillerie. Je ne veux surtout pas résumer mon travail à une seule forme d’écriture.

 

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