Business

17 juin 2020

Courbet, une levée de fonds à 8 millions d’euros

En plein confinement, Courbet a réussi une superbe levée de fond de 8 millions d’euros. Rencontre avec Manuel Mallen, fondateur et président de cette marque de joaillerie spécialiste du diamant de synthèse.

Propos recueillis par Sandrine Merle.

 

 

Sandrine Merle. Votre nouvel investisseur, l’agence de communication digitale chinoise Hylink, était convaincu au point de ne pas reculer en pleine crise du Coronavirus ?

Manuel Mallen. J’ai eu quelques craintes je l’avoue mais cette crise a peut-être même renforcé leur conviction… Ils croient à notre ADN, l’association luxe-écologie-digital. Le luxe les fascine et l’écologie, contrairement à ce que l’on pense, est un vrai sujet qui suscite les seules manifestations en Chine. Le gouvernement doit régler ce problème pour assurer sa stabilité et souhaite aussi se positionner comme la nation la plus green pour une question d’image. Il sait que l’écologie est une énorme source de business.

 

S.M. Courbet et Hylink se rejoignent particulièrement sur le digital.

Manuel Mallen. Courbet est ce que l’on appelle une DNVB, c’est à dire une Digitally Native Vertical Brand qui se situe à l’intersection de l’innovation, de la technologie et du commerce. Grâce au web et au mobile, elle s’adresse directement au client sans passer par les traditionnels détaillants. Il sera aussi bientôt possible de faire un essayage ou de réaliser sa bague en live. Quant au e-commerce chinois, il équivaut aux marchés américain, européen, japonais et coréen réunis !

 

S.M. On dit qu’une grande marque de la place Vendôme, qui souhaite rester anonyme, fait partie des actionnaires historiques composés de friends and family. Quel est son but ?

Manuel Mallen. Je vous laisse le leur demander ! De façon plus générale, je regrette que les joailliers, frileux, n’utilisent pas encore le diamant de synthèse. Mais ils y viendront, c’est sûr.

 

S.M. Vous n’avez aucun doute : le diamant de synthèse fait partie de l’avenir.

Manuel Mallen. C’est le sens de l’histoire car l’extraction diminue : en 2020-2030 on ne trouvera plus que 10 à 15% de ce qu’on trouve aujourd’hui et parallèlement la demande augmente. Et la clientèle de mieux en mieux informée demande des comptes. A mon sens, le phénomène s’apparente à celui de la perle de culture dans les années 20-30, à une différence près : la perle fine est rare contrairement au diamant de mine dont on a extrait quelques milliards de carats. Et dont on a manipulé les prix pour qu’ils atteignent des niveaux astronomiques.

 

S.M. Vous réfutez le terme diamant de synthèse.

Manuel Mallen. Ce terme induit l’idée que le diamant est faux et qu’il est réalisé à partir de plusieurs éléments alors qu’il est obtenu à partir d’un seul et unique atome transformé : le carbone. C’est comme si on disait qu’un bébé éprouvette était un bébé de synthèse ! L’idéal serait d’utiliser les termes diamant de mine et diamant de culture comme aux Etats-Unis. En France, ce combat vaut la peine d’être mené mais il est inégal face à des monstres aux lobbys hyper puissants. C’est au gouvernement de trancher, et vite, car les Etats-Unis sont en train de prendre le leadership.

 

S.M. Le diamant de synthèse serait, selon vous, plus rare que le diamant naturel. Alors pourquoi est-il moins cher ?

Manuel Mallen. Le diamant de laboratoire est plus cher à produire que le diamant de mine n’est à extraire. Pour obtenir le plus gros qu’on ait jamais vendu qui pesait 9,02 carats il a d’abord fallu essuyer 3 échecs ! Cela a pris un an. Aujourd’hui il faut donc être très patient… Si le prix était corrélé à la rareté, il serait 20 fois plus élevé que celui du diamant naturel. Seul l’absence d’intermédiaire permet de le vendre mois cher.

 

S.M. Même si vous restez prudents à cause du Covid10, quels sont vos objectifs pour Courbet ?

Manuel Mallen. Le développement digital des marchés chinois et français pour lequel a été créé Courbet. Et le développement d’une filière 100% française avec notamment l’ouverture d’une manufacture à Arcangues en 2021.

 

S.M. Vous ne pensez pas que vous entamez sérieusement le rêve véhiculé par le diamant ?

Manuel Mallen. Le diamant est une pierre fantastique qui réfléchit la lumière comme aucune autre et les joailliers la subliment d’une façon merveilleuse. Mais je raccroche le rêve à la réalité en enlevant le côté sombre. Le génie humain qui reproduit la magie de la nature me fait tout autant rêver et ne l’oublions pas : la Terre se portera très bien sans l’homme mais le contraire n’est pas vrai.

 

Image en bannière : diamant de synthèse brut © Gilles Kaminski

 

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