06 février 2018

« La collection idéale de Diane Venet » au Musée des Arts Décoratifs

Des bijoux de Picasso à ceux de Ai Weiwei, l’exposition réalisée avec la collection personnelle de Diane Venet enrichie de prêts exceptionnels, met en lumière une histoire de l’art plus intime.

 

L’exposition débute avec une bague en or du sculpteur Bernar Venet, pièce qui a déclenché la passion de Diane Venet pour les bijoux d’artiste. « Il y a une trentaine d’années, il a enroulé une baguette d’argent autour de mon doigt pour me demander de l’épouser. »

 

Le bijou d’artiste et ses raisons d’être

Cette bague est emblématique du bijou d’artiste généralement réalisé pour des proches. Il s’agit d’une pratique occasionnelle : bagues, broches et colliers représentent peu parmi les 60 000 œuvres de Picasso. Alexandre Calder a façonné des colliers pour les poupées de sa sœur, Sol LeWitt des bagues (visibles dans l’exposition) pour ses deux filles, Takis un pendentif pour sa jeune maîtresse. Grâce au bijou, les plasticiens confrontent leurs pratiques à de nouvelles contraintes comme la taille ou la portabilité. Le peintre George Braque, lui, est allé voir son orfèvre pour donner une troisième dimension à ses représentations.

 

Les big names du bijou d’artiste

« Il était difficile de faire se côtoyer un Rauschenberg et un Picasso », estime Diane Venet. Le parti pris chronologique, des années 50 à aujourd’hui, est croisé avec des thématiques comme l’« Abstraction », « Les métamorphoses de la nature » ou encore « Memento Mori ». La promenade est à faire pâlir d’envie n’importe quel commissaire d’exposition : y sont rassemblés César, Louise Bourgeois, Ai Weiwei, Yayoi Kusama, Roy Lichenstein ou encore Salvator Dali l’un des seuls à avoir utilisé des pierres précieuses. On note l’absence des architectes et des designers… « Au grand mécontentement d’Ettore Sotsass, note Diane Venet. Mais je dois me fixer des limites même si elles sont difficiles à tracer. »

 

Mises en scène

Karine Lacquemant, co-commissaire de l’exposition, a souhaité des résonnances. Elle expose donc des œuvres comme l’abat-jour de Man Ray aux côtés des boucles d’oreilles en spirale (rendues célèbres par Catherine Deneuve), un papier peint de Roy Lichtenstein évoquant sa broche. Grâce à des archives, elle met également en lumière l’importance des orfèvres comme François Hugo. C’est lui qui transpose en colliers, pendentifs, bagues les dessins de Picasso, Cocteau, Max Ernst ou encore Derain. L’exposition permet aussi de faire connaissance avec l’italien Giancarlo Montebello, un pionnier qui édite, dès les années 70, les bijoux des frères Pomodoro, de Niki de Saint-Phalle ou de Lucio Fontana.

 

Le bijou d’artiste a la cote

« Les prix flambent et je n’ai plus les moyens de m’offrir des pièces comme le collier de Calder prêté pour l’exposition », explique Diane Venet qui, paradoxalement, a largement contribué à créer ce marché. Les bijoux d’artistes bénéficient d’autres atouts : l’engouement pour l’art contemporain, leur caractère unique et original ainsi que les histoires qui leur sont liées. « Il y a dix ans les Compressions de César ne dépassaient pas les 8 000 euros, explique Julie Valade directrice de la joaillerie Artcurial. Les trois de la vente de janvier dernier ont été adjugées entre 16 et 25 000 euros. » Galeries et maisons de vente surfent donc sur cet engouement. Quant à Diane, elle mise dorénavant sur les artistes contemporains comme Phillip King, François Morellet ou encore Jean-Luc Moulène qui clôturent l’exposition.

 

Au Musée des Arts Décoratifs, du 7 mars au 8 juillet 2018

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