L'invité

23 mars 2017

Viren Bhagat, joaillier de Bombay

À Bombay, j’ai rencontré le seul joaillier contemporain indien figurant dans l’exceptionnelle collection Al Thani, présentée au Grand Palais.

 

Qui est-il ?

Viren Bhagat est issu d’une ancienne famille indienne œuvrant dans le bijou : son arrière-grand-père, venu s’installer à Bombay, était orfèvre dans un village du Gujarat. Le business familial a longtemps consisté à réaliser des bijoux traditionnels à la commande et à vendre des pierres dont le pays est riche. Au début des années 1990, Viren Bhagat lui donne une nouvelle dimension créative au point de devenir le représentant de la joaillerie indienne contemporaine dans les plus grandes expositions comme celle de Moscou, en 2014, intitulée « L’Inde : les bijoux ayant conquis le monde ».

 

Le style Bhagat

La modernité de la devanture en verre du showroom tranche avec le bruyant chaos de la rue. À l’intérieur, du béton ciré et des meubles en laque rouge dont les étagères, remplies d’ouvrages sur les textiles indiens, l’architecture et les peintures de l’époque moghole du XVIe-XVIIe siècle. Une source riche d’inspirations traditionnelles comme la fleur de lotus, les ornements de turban, le paon ou encore les mausolées que Varen Bhagat hybride avec les codes de l’élégance occidentale de la Belle Époque et de l’Art déco. « Pour moi, l’ultime référence reste le style Cartier des années 1920-1930 caractérisé par ses lignes épurées et anguleuses », explique-t-il en triturant ses crayons aux mines interminablement pointues. Outils simples garants d’une précision extrême pour ses dessins.

 

Indian déco

Les bijoux de la collection Al Thani exposés au Grand Palais témoignent de ce style baptisé Indian déco par Viren Bhagat. L’or jaune traditionnel a cédé la place au platine. Les montures sont si légères qu’elles disparaissent au profit des pierres semblant flotter dans l’air. Aucun serti kundan, ni explosion polychrome. Le diamant plat, omniprésent, n’est assorti que d’émeraudes, de saphirs ou de rubis provenant souvent de mines mythiques comme Golconde ou de vieilles familles indiennes. Le bracelet plat du Rajasthan est formé par une délicate imbrication graphique de perles fines et de diamants. Le paon, l’un des rares motifs figuratifs chez Bhagat, est stylisé à l’extrême grâce à un corps en diamant poire sur lequel sont suspendues des perles.

 

Le JAR indien

Viren Bhagat a choisi de ne produire que très peu de pièces, pas plus de soixante par an dont les prix atteignent des millions de dollars. Il ne fait aucune publicité et se réserve la liberté de ne pas accepter la commande d’une cliente qui ne correspondrait pas à son style… Ce qui lui vaut d’être comparé à l’Américain Joel Arthur Rosenthal (JAR), seul autre joaillier contemporain jugé digne par le Sheikh Hamad bin Abdullah Al Thani de faire partie de sa collection. Et Viren Bhagat d’ironiser : « Et si l’on disait plutôt que JAR était le Viren Bhagat américain ? ».

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