23 mars 2017

Collection Al Thani, influences croisées

Du 29 mars au 5 juin 2017, le Grand Palais présente « Des grands Moghols aux Maharajahs. Joyaux indiens de la collection Al Thani », une exposition qui retrace plus de cinq siècles d’histoire de la joaillerie indienne et montre l’influence réciproque avec celle d’Occident.

 

L’exposition

Cette exposition est composée de 278 pièces (allant des bijoux aux encriers en passant par les dagues et les aspersoirs), ayant pour la plupart appartenu aux richissimes princes indiens. Parmi les bijoux figurent des merveilles comme l’émeraude gravée de l’empereur moghol Shâh Jahân, le turban-aigrette du maharadja Nawanagar formé de dix-sept diamants pour un poids de plus de 150 carats ou encore la broche paon réalisée par le joaillier français Mellerio. L’ornement de turban avec son spectaculaire diamant cognac et le collier du maharadja de Patiala avec ses innombrables rangs de diamants ont, eux, été prêtés par Cartier, à qui ils appartiennent aujourd’hui. Toutes ces pièces témoignent d’une somptuosité unique dans l’histoire de la joaillerie et de métissages ancestraux entre l’Inde et l’Europe.

 

Une exposition, deux hommes

En tout, 266 pièces de l’exposition proviennent de la collection constituée en huit ans par le Cheikh Hamad Ben Abdullah Al Thani, membre de la famille qatari propriétaire de l’hôtel Lambert à Paris. Tout a commencé à la suite de sa visite à une exposition au Victoria and Albert Museum, en 2009, où il a le coup de foudre pour les bijoux des empereurs moghols de culture musulmane (qui dirigèrent l’Inde du XVIe siècle au milieu du XIXe siècle). Pour réunir plus de 300 pièces en si peu de temps, le Cheikh s’est attribué les services d’Amin Jaffer. Un Indien né au Rwanda qui fut conservateur au Victoria and Albert Museum de Londres pendant treize ans puis directeur du département des Arts asiatiques de Christie’s pendant dix ans. « Nous nous sommes rencontrés lors de l’ouverture du musée de Doha. Puis pendant trois ans nous avons échangé et visité des musées ensemble », explique Amin Jaffer, aujourd’hui conservateur de la collection.

 

L’Inde, berceau d’une joaillerie flamboyante

L’Inde est intimement liée à la joaillerie. Le pays est connu depuis l’Antiquité pour ses réserves incroyables de rubis, de saphirs, d’améthystes, de spinelles et de diamants extraits des mines de Golconde. Les plus beaux que l’on n’ait jamais vus. Depuis le XVe siècle, l’Inde a aussi engendré les souverains les plus fastueux, des dynasties éblouissantes d’empereurs moghols, de maharadjas flamboyants, de nizams. Ils ont imaginé et arboré les plus beaux joyaux jamais réalisés dont peu ont survécu aux turbulences politiques et dont la seule trace est constituée par les miniatures. D’où le caractère inestimable de cette collection.

 

D’un côté, l’influence européenne

Dans les cérémonies, les princes indiens observent les aristocrates anglaises comme Lady Curzon, corsetées dans leurs robes et parées des créations en diamants signées Boucheron et Cartier. Dans le même temps, ils multiplient les voyages en Europe. Tant et si bien que dès la fin du XIXe siècle, les signes de métissage joaillier se multiplient. Sur leurs parures royales, le platine remplace l’or sacré en usage, la taille brillant régulière à facettes l’emporte sur le simple polissage qui leur permet de préserver le poids de la pierre. Le kundan, technique de sertissage héritée des Moghols, cède la place aux griffes. On voit aussi apparaître sur leurs bijoux spectaculaires des tremblants et des nœuds, motifs typiques de l’époque victorienne.

 

De l’autre, l’influence des maharadjas

Les commandes des maharadjas ont largement contribué à la renommée internationale des joailliers français et à attirer des clients du monde entier. Elles ont aussi énormément stimulé leur créativité. Les influences se retrouvent dans les couleurs, les motifs et les techniques dont le « Tutti Frutti » de Cartier est l’exemple le plus emblématique : en 1925, le joaillier fait sensation avec ses assemblages de pierres de couleurs primaires. Saphirs, émeraudes et rubis façonnés selon la tradition moghole, c’est-à-dire en forme de boules lisses, gravées ou taillées en feuilles et en fleurs, sont sertis dans un entrelacs de branchages qui rappelle au premier coup d’œil, la polychromie verte, rouge, bleue et blanche de l’émail indien.

 

Exotisme contemporain

L’exposition se termine par les bijoux contemporains du joaillier indien Viren Bhagat et de l’Américain Joel Arthur Rosenthal (JAR) acquis par le Cheikh Hamad Ben Abdullah Al Thani. Les douze pièces de Viren Bhagat n’affichent aucune profusion de couleurs, pas plus que de l’émail ou un traditionnel serti kundan en or. Elles sont des hybridations des éléments architecturaux moghols extraits de manuscrits anciens, du pompon, du motif Paisley (ou palmette) avec les lignes géométriques et nettes de l’Art déco parisien. L’exposition est aussi l’une des rares occasions d’admirer des pièces de JAR. Avec ce sens extrême du détail qui caractérise le travail du créateur, elles reprennent la tête d’éléphant sculptée dans du cacholong, les dômes de mosquées ou les motifs de moucharabiehs.

 

Les moyens de communication et les échanges internationaux favorisés par Internet n’ont pas réussi à tuer les fantasmes de l’Inde et les métissages.

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